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Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Dernière édition

Clay Shirky: «Les gouvernements doivent craindre les groupes coordonnés»

La question revient avec insistance à chaque révolution, florale ou colorée: Facebook, Twitter, les blogs ou YouTube ont-il permis un soulèvement qui n'aurait pas existé sans eux? Et régulèrement, des commentateurs accréditent cette idée, pendant que d'autres expliquent que les liens entretenus sur le Net sont trop faibles pour mobiliser durablement les foules, qu'il est vain de réduire un mouvement à un seul facteur ou même que les médias sociaux, plus accessibles que la réalité, déforment notre perception de ces mouvements de masse. Clay Shirky est clairement du côté des premiers et explique comment le Web peut-être véritablement social et pas seulement «sociable».

La question revient avec insistance à chaque révolution, florale ou colorée: Facebook, Twitter, les blogs ou YouTube ont-il permis un soulèvement qui n'aurait pas existé sans eux? Et régulèrement, des commentateurs accréditent cette idée, pendant que d'autres expliquent que les liens entretenus sur le Net sont trop faibles pour mobiliser durablement les foules, qu'il est vain de réduire un mouvement à un seul facteur ou même que les médias sociaux, plus accessibles que la réalité, déforment notre perception de ces mouvements de masse. Clay Shirky est clairement du côté des premiers et explique comment le Web peut-être véritablement social et pas seulement «sociable».

 Enseignant (à la New York University, sur les changements culturels et sociaux catalysés par Internet) et essayiste (Here comes everybody en 2008 et Cognitive Surplus en 2010), il défend l'idée que les technologies, à partir du moment où elles parviennent à se faire oublier pour devenir un outil commun et omniprésent, permettent d'envisager de nouvelles relations décentralisées. Que les milliers d'heures de temps de cerveau disponible occupées jusque là à tuer l'ennui en consommant seul ou en petit groupe des médias centralisés peuvent être employées pour collaborer – que ce soit pour créer des LOLcats ou pour renverser un régime impopulaire. Parce que l'Etat et les institutions n'ont plus le monopole de l'accès à l'échelle globale de la société; des individus qui entrent en résonnance avec une attente sociale peuvent émerger et catalyser un mouvement plus vaste.

Dans le schéma traditionnel, poursuit-il, l'information devient action (éventuellement politique) grâce à l'entremise des organisations (médias, gouvernements, syndicats, associations). La technologie rend ce modèle plus complexe en faisant intervenir le public (people) comme alternative à la médiation des organisations. Ce qui donne la circulation suivante de l'information vers l'action:

  • Public > organisations:  les citoyens comme capteurs. Le sentiment, l'humeur, les préoccuptions du public exprimés à travers les médias sociaux déterminent l'agenda des organisations.
  • Organisations > public: les consommateurs intelligents. Les organisations pratiquent une transparence qui permet au public d'agir en conscience (open data et surtout les efforts de représentation graphique, par exemple)
  • Organisations > organisations:le partenariat. Sur un modèle décentralisé, des organisations de même niveau peuvent collaborer pour partager et diffuser les informations et les bonnes pratiques (exemple de Code for America).
  • Public > public: la plateforme d'action civique. Des groupes de citoyens peuvent se coordonner pour participer à une action collective. «Les gouvernements n'ont rien à craindre des individus informés, ils doivent  craindre les groupes coordonnés», explique-t-il en prenant l'exemple de la Libye qui a interdit les matchs de football, parce que c'était l'occasion, pour des individus «synchronisés» grâce aux réseaux sociaux Web de se rencontrer et d'agir. Et des sites de football qui, faute de matchs à commenter, se mettent à parler de la Libye.

«Ces outils sont plus utiles aux citoyens pour comprendre et dénoncer ce que les gouvernements font en leur nom que pour proposer une alternative», nuance-t-il en citant La Contre-Démocratie de Pierre Rosanvallon: il est plus facile de mobiliser contre quelque chose que pour et la collaboration sociale devient une forme de démocratie directe qui contrarie la démocratie représentative qui fait éclore des pouvoirs indirects disséminés dans le corps social et organise la défiance face à une légitimité sociale.

La presse imprimée a permis l'émergence de la démocratie, la radio celle du fascisme; quelle forme peut naître du Net? Shirky se montre optimiste, constatant que le Web reste relativement accessible à des non professionnels, comme la presse écrite: «la presse écrite a surtout permis de diversifier et d'étendre la production et la consommation d'informations. Sur le Web, il faut préserver notre capacité à contribuer et à partager plutôt qu'à consommer. (...) Il ne suffit pas de donner des outils à un groupe de personnes pour que les choses se passent, ajoute Shirky. Il doit y avoir un leadership, mais ce n'est pas une forme de direction venue d'en haut (macromanagement). Comme dans Wikipedia, il s'agit plus d'une direction par l'exemple. Il faut que les cinq premiers utilisateurs soient assez bons pour que les cinq suivants comprennent ce que l'on attend d'eux, et ainsi de suite».

La participation est par définition volontaire;elle ne peut pas se décréter et dépend de la capacité de ceux qui portent le projet à intéresser le reste de la communauté. N'est-ce pas alors une façon de spolier des contributeurs au profit de ceux qui gèrent et coordonnent la participation? «Quand nous achetons un verre de vin au bar, il coûte plus cher qu'à la maison parce que nous payons pour être ensemble, argumente Shirky. Et ceux qui gèrent le bar récoltent le bénéfice d'avoir créé les conditions nécessaire à ce rassemblement. Mais les participants en tirent aussi quelque chose.»

 

  • Les citations de Clay Shirky ont été tirées de son blog ou de la conférence qu'il a donné lundi 31 janvier à l'initiative de Regards sur le numérique.

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Tous les commentaires
Parmi les autres compte-rendus de cette rencontre (Alice Anthaume, Eric Scherer, Gilles Bruno, Marc Mentre...), je vous conseille la lecture de ce billet qui fait un pas de côté pour se demander quand tweeter, écrire un billet de blog ou un article pour rendre compte d'un événément largement couvert. Il postule que les sites d'information ont abandonné la complexité et l'information qui ne serait pas "mainstream" pour laisser cela aux blogs.

Je ne suis pas certain que ce soit la seule raison qui m'a fait préférer le blog au journal de Mediapart pour rendre compte de cette conférence, mais il est évident que la concurrence de la Tunisie et de l'Egypte ne laissait pas beaucoup de marge pour ce billet.

Ceci mis à part, pensez-vous qu'il aurait mieux valu traiter le sujet dans le journal?

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