Vincent Verschoore
Blogueur et photographe.
Abonné·e de Mediapart

395 Billets

1 Éditions

Billet de blog 12 sept. 2009

De la contingence et de l'évolution

Suite à un débat ayant eu lieu sur le billet de blog de Grattepoil « Darwin, le combat à travers les siècles », je me suis penché sur la question au travers notamment d’un livre du géologue et biologiste bien connu Stephen Jay Gould, intitulé « La vie est belle » et qui traite de la contingence comme vecteur principal des «anomalies darwinistes » découvertes notamment dans les Schistes de Burgess au Canada au début du 20eme siècle, mais seulement méticuleusement – et brillamment -analysées à partir du début des années 70 et jusque dans les années 80 par un petit groupe de biologistes passionnés.

Vincent Verschoore
Blogueur et photographe.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Suite à un débat ayant eu lieu sur le billet de blog de Grattepoil « Darwin, le combat à travers les siècles », je me suis penché sur la question au travers notamment d’un livre du géologue et biologiste bien connu Stephen Jay Gould, intitulé « La vie est belle » et qui traite de la contingence comme vecteur principal des «anomalies darwinistes » découvertes notamment dans les Schistes de Burgess au Canada au début du 20eme siècle, mais seulement méticuleusement – et brillamment -analysées à partir du début des années 70 et jusque dans les années 80 par un petit groupe de biologistes passionnés.

Pour faire court sur ces découvertes, les Schistes de Burgess contiennent des fossiles de l’époque précambrienne (- 570 millions d’années), essentiellement des arthropodes, mais « dont quinze à vingt espèces ne présentent aucune parenté avec des groupes actuellement connus et doivent sans doute être classées dans des embranchements nouveaux et distincts ».

En plus des quatre types majeurs d’arthropodes connus (les Trilobites, éteints ; les Crustacés ; les Chélicérates comprenant araignées et scorpions ; les Uniramés comprenant les insectes) dont on retrouve des espèces à Burgess, on a trouvé « de vingt à trente sortes d’arthropodes qui ne peuvent être classés dans aucun groupe connu. »

Pour le biologiste, il s’agit d’une découverte énorme : il existait à l’époque précambrienne une bien plus grande disparité (nombre de plans d’organisation biologiques) qu’aujourd’hui. Par contre il existe aujourd’hui une bien plus grande diversité (nombre d’espèces) qu’alors, mais toutes construites à partir de ce petit nombre de plans. Par exemple tous les vertébrés (dinosaures, poissons, oiseaux, mammifères… ) sont très diversifiés, mais tous issus du même plan de base (embranchement des Chordés) et dont une seule espèce fut découverte à Burgess.

De cela il découle que notre perspective habituelle de l’évolution comme un cône pointe en bas ou un arbre avec un tronc commun se démultipliant vers le haut, vers toujours plus de complexité, est remise en question : en fait l’évolution part d’une base très large (beaucoup de troncs qui apparaissent plus ou moins ne même temps), dont beaucoup disparaissent assez rapidement pour des raisons inconnues (probablement à causede grande catastrophes naturelles), seuls quelques uns arrivant à survivre et à se diversifier.

Du point de vue anthropologique, l’existence de l’Homme est due au fait que notre embranchement des Chordés, apparut en même temps que les autres, a survécu « par chance », mais certainement pas parce que les premiers Chordés avaient un quelconque avantage intrinsèque. Nous ne sommes pas le produit d’une évolution plus ou moins linéaire et strictement Darwiniste allant d’un ancêtre universel simple vers une descendance de plus en plusc omplexe. D’où l’introduction du concept de contingence.

La contingence, telle que je la comprends du moins, est ce qui fait que le film de la vie ne se déroulera jamais deux fois de la même façon. Tous les facteurs aléatoires, les chances, les accidents et les opportunités qui en découlent impactent les effets des lois naturelles. Rien de nouveau, certes, mais l’importance de la contingence révélée par l’étude de Burgess (et d’autres depuis lors) est très nettement supérieure à ce qu’infère le Darwinisme classique. En fait la contingence est le premier facteur d’évolution, ce qui sculpte le monde du vivant, bien avant la sélection naturelle proprement dite.

En conclusion je cite à nouveau Gould répondant à la question de « pourquoi les hommes existent-ils ?»

« Parce que Pikaia (le premier Chordé connu) a survécu à la décimation. Cette réponse n’invoque pas une seule loi de la nature ;elle ne repose sur aucun raisonnement au sujet de la prédictibilité de certaines voies évolutives, ni sur aucun calcul de probabilité basé sur l’écologie ou les règles générales de l’anatomie. La survie de Pikaia, notre survie, a été contingente, elle ne relève que de l’histoire elle-même. »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission ce soir, reportage aux portes de l'Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
La beauté fragile d'un combat
« Nous ne combattons pas le réchauffement climatique, nous nous battons pour que le scénario ne soit pas mortel. » Parfois, par la grâce du documentaire, un film trouve le chemin de l’unisson entre éthique et esthétique. C’est ainsi qu’il faut saluer « L’hypothèse de Zimov  », western climatique, du cinéaste Denis Sneguirev, à voir absolument sur Arte.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
La nullité pollue
Il y a peu, vautré devant un énième naufrage filmique d’une plateforme de streaming, j'ai réalisé que ces plateformes avaient entrainé une multiplication délirante des navets qui tachent à gros budget. Fort bien. Mais quand va-t-on enfin parler de l’empreinte écologique démente de ce cinéma, cet impensé dont on ne parle jamais ? Ne peut-on imaginer des films plus sobres -tels ceux de Carpenter ?
par Mačko Dràgàn