L'ombre d'AREVA sur l'avenir de la SNCF

Les pouvoirs publics sont-ils donc amnésiques au point d'avoir confié le rapport sur l'avenir de la SNCF à l'un des anciens dirigeants d'AREVA ?

Les pouvoirs publics sont-ils donc amnésiques au point d'avoir confié le rapport sur l'avenir de la SNCF à l'un des anciens dirigeants d'AREVA ?

Depuis quelques jours, le nom de Jean-Cyril Spinetta est associé à celui d'Air France, la compagnie qu'il a dirigé, mais on masque systématiquement ses anciennes responsablités chez AREVA. Pourtant Jean-Cyril Spinetta ne peut pas ne pas assumer son rôle d'ancien président du Conseil de Surveillance d'AREVA de 2009 à 2013, quatre années au cours desquelles les errances de ses dirigeants ont conduit la compagnie publique vers le désastre que l'on connaît. Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, qui l'assénait le 12 juillet dernier devant les commissions des finances de l'Assemblée Nationale et du Sénat : "La gestion d'AREVA, depuis quelques années est un véritable scandale républicain. Ce n'est même pas de l'impéritie ou de la mauvaise gestion, c'est de la dissimulation systématique. Je trouve cela proprement révoltant.". Le président Spinetta pourrait aujourd'hui arguer, que, malgré ses responsabilités claires de garant de la gestion de la compagnie, il n'était pas en possession de toutes les informations sensibles concernant les dossiers fâcheux. Et chacun peut se tromper. Mais, un an après son départ d'AREVA, il volait cependant en mai 2014 au secours d'Anne Lauvergeon mise en difficulté par l'ouverture d'une enquête préliminaire sur l'affaire UraMin. Le 21 mai 2014, Jean-Cyril Spinetta, devant la fine fleur de la presse économique française, déclarait en conférence de presse : "Si j'avais été en situation de responsabilité, oui, j'aurais acheté UraMin". Le problème est qu'aujourd'hui, en dehors d'Anne Lauvergeon, il ne fait plus aucun débat sur la valeur des trois gisements acquis par AREVA en 2007 pour 1,8 milliard d'euros, gisements jamais exploités depuis lors. On rappellera qu'aujourd'hui le groupe AREVA, hier fleuron de notre industrie nucléaire, a été depuis lors piteusement demantelé.

Comment alors comprendre que l'on puisse encore confier à Jean-Cyril Spinetta la responsabilité d'un rapport sur l'avenir d'une autre compagnie publique, la SNCF, qui concerne chacun d'entre nous ? Je n'entends pas porter un jugement péremptoire sur Jean-Cyril Spinetta qui a exercé d'autres responsabilités dans le passé, au service du pays.  Mais la captation des responsabilités et des décisions dans les mains de la toujours même oligarchie, jamais sanctionnée pour ses échecs, peut apparaître stupéfiante. À l'heure où se joue l'avenir de la SNCF, c'est un débat citoyen, qui mérite pleinement d'être ouvert.

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