22 février : Anne Lauvergeon parade encore auprès du Président de la République

UraMin, chronique n°3. Demain 22 février 2017, on retrouvera Anne Lauvergeon aux côtés du Président de la République pour remettre les prix des lauréats du Concours Mondial d'Innovation. À l'heure du démantèlement d'Areva, de la poursuite des instructions de l'affaire UraMin, exemplaire image de la collusion d'une caste républicaine (en voie d'extinction ?).

Les semaines, les mois, les années passent, et on n'est jamais déçu dans l'affaire UraMin. On n'est jamais déçu par la chronique de la déconfiture d'Areva, surtout lorsque l'on tombe sur un communiqué de la présidence de la République du 20 février, reproduit ci-dessous :

 

Publié le 20 Février 2017

RUBRIQUE : ECONOMIE, FINANCES ET INDUSTRIE

Paris, le 20 février 2017

Le Président de la République se rendra le mercredi 22 février à 15h00 à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière pour remettre les prix aux lauréats de la troisième phase du Concours Mondial d’Innovation.

L’objectif du Concours Mondial d’Innovation, créé à l’initiative du Président de la République en 2013, est de faire émerger les talents et futurs champions de l’économie française en les repérant puis en accompagnant la croissance des entrepreneurs français ou étrangers dont le projet d’innovation présente un potentiel particulièrement fort pour l’économie française.

Programme prévisionnel

15 h 00

Visite des stands des lauréats du Concours qualifiés pour la phase III.

15 h 50

Mot d’accueil d’Anne LAUVERGEON, Présidente de la commission « Innovation 2030 ».

Discours du Président de la République.

 

Communiqué par lequel on apprend donc que Madame Lauvergeon, malgré ses mises en examen (pour présentation de comptes inexacts et diffusions de fauuses informations) prononcées par les magistrats instructeurs le 13 mai 2016, malgré son bilan calamiteux de sa présidence d'Areva, a donc conservé la présidence d'une commission gouvernementale.

Comment ne pas entrechoquer, quelques semaines après l'assemblée générale des actionnaires d'Areva, cette image de présence d'Anne Lauvergeon au sommet de la République, avec celle d'un groupe démantelé, écartelé pour la survie duquel l'État devra décaisser, au minimum, 4,5 milliards d'euros dans les prochains mois.

La France demeure donc cette démocratie immature dans laquelle une ancienne responsable de compagnie publique à la dérive, par ailleurs mise en examen dans le cadre d'"une affaire grave" (terme de la Cour des Comptes), peut continuer à représenter "l'émergence des talents et futurs champions de l'économie française", et à récompenser les projets d'innovation présentant un potentiel particulièrement fort... On évacuera, pour "éviter de se faire mal", tout rapprochement avec le succès industriel et financier du dossier UraMin : 3 milliards d'euros foutus par les fenêtres grandes ouvertes de l'État.

Il existe, heureusement, dans notre pays, la présomption d'innocence, l'un des socles de notre justice. Il perdure, hélas aussi, l'impunité des puissants protégé par les puissants. Cette impunité, concernant Anne Lauvergeon, ne concerne pas l'affaire dans laquelle elle est mise en examen, puisque bénéficiant de la présomption d'innocence, mais la non sanction de sa désastreuse gouvernance à la tête d'Areva.

Parfois, j'ai honte d'avoir, quelque part, servi cette République. J'ai honte, et j'essaie de me ressaisir, et de continuer tout de même à dénoncer, avant que d'autres, plus malhonnêtes encore - je pense au Front National - ne viennent à s'emparer de ces dérives. Comment croire à la vérité dans l'affaire UraMin, lorsque le premier des magistrats, le chef de l'État, revient régulièrement aux côtés d'Anne Lauvergeon, comme un soutien, une caution pérenne ?

Nous pouvons donc nous moquer de certaines démocraties occidentales. La nôtre tombe chaque jour plus encore dans une République bananière où s'invite un mélange malodorant des genres.

Comment sortir de là ? 

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