Areva, Orano, l'aveu par la com' ?

Le 23 janvier, un ravalement de façade transformait Areva en Orano. Comme un aveu.

Changer de nom pour oublier ? Changer de nom pour expier ? Changer vraiment ? Piètre exercice de communication (au coût selon "l'Expansion" de 5 millions d'euros) auquel s'est livré Areva cette semaine, avec pour seul réel changement une modification cosmétique. Voilà des années que dirigeants passés et actuels d'Areva nous ont décliné l'air de "Tout va bien madame la marquise", malgré l'échec patent de la commercialisation des EPR, malgré l'invraisemblable OPA sur UraMin en 2007, malgré les lourds soupçons de corruption en Chine notamment, malgré l'Uraniumgate au Niger, malgré le feuilleton inquiétant des cuves du Creusot. Malgré le démantèlement du groupe. 

Changer de nom pour changer de mentalité ? De celle qui consiste à endormir l'État actionnaire, à lui omettre, à lui dissimuler, voire à lui mentir ? Je reste sur les déclarations du ministre de tutelle, Bruno Le Maire, du 12 juillet dernier devant les deux assemblées : "La gestion passée d'Areva est un scandale républicain". Changer de nom gommera-t-il l'ampleur du "scandale républicain" ? Depuis l'affaire UraMin qui date de 2007, pas une seule fois le directoire d'Areva n'a déclenché un retour d'expérience sur ces faits d'une extrême gravité, pas une seule fois Areva ne s'est publiquement et longuement exprimé, devant la presse, sur ces affaires en cours. L'assistance à la justice ? Un exemple : Areva a mis des mois pour fournir aux autorités policières et judiciaires la liste des actionnaires d'UraMin. Existe-t-il ou a-t-il existé un mouvement en interne pour demander aux cadres supérieurs, éventuellement témoins, de se porter librement devant les magistrats instructeurs ? Areva s'est porté partie civile dans le cadre des instructions UraMin, mais au-delà de l'accès au dossier permis par cette constitution, qu'en est-il de l'apport de la compagnie à la recherche de la vérité ? Les ex-cadres qui ont accepté de témoigner dans les premières semaines de l'enquête préliminaire ont subi beaucoup, mais recueilli peu d'encouragements (euphémisme !). 

Changer de nom pour changer d'ère, à fins de plus de transparence, semble-t-on expliquer cette semaine. "Nous nous réinventons", pour slogan... Certes. Et si ces bonnes intentions, pour regagner la confiance des clients potentiels, commençait par un exercice de pleine vérité ? De la transparence ? Chiche. À titre de transparence, je me souviens et je m'en souviendrais longtemps, c'était exactement l'an dernier, des interventions auprès de nombreux médias, pour étouffer la publication d'"Une Affaire Atomique" (Robert Laffont), document dans lequel je développais mon témoignage sur l'affaire UraMin. J'espère aujourd'hui me tromper, et peut-être donc que les cadres, les membres du directoire touchés de près par ces affaires ont été récemment encouragés à se porter devant la justice, mais quelque chose me dit que l'omerta règne toujours. Et que rien, au-delà d'Orano, ne change. Dommage. Seul un ancien haut fonctionnaire a apporté, courageusement, son témoignage dans le cadre du dossier UraMin à l'automne dernier. 

Tout allait donc très bien madame la marquise ? 

Pourquoi donc changer de nom, alors ?

Sinon, quelque part, cet aveu. 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.