Il y a 60 ans, "la Toussaint rouge"...

Chaque année, le 1er novembre, il m'est impossible de ne pas me souvenir des événements qui ont marqué le début de la décolonisation de l'Algérie, dont le déroulement sanglant allait durer plusieurs années. Puisque cette guerre a amputé ma jeunesse de deux ans.*

En 1954, après cent-vingt-quatre ans de colonisation, les Algériens dont le sentiment national naissant était exacerbé par l'exemple du colonel Nasser qui rendait son autonomie et son honneur à l'Egypte, les élites de ce beau pays qui avaient bien compris que la France ne tiendrait pas ses promesses de "collège unique" et de co-gestion démocratique, et aussi tout un peuple qui observait l'enlisement de l'armée française en Indochine.. les Algériens décidèrent de créer un Front de Libération Nationale afin de conquérir leur droit à l'indépendance.

Et le 1er novembre, des actions sporadiques furent entreprises dans la plupart des régions de l'Algérie, à l'Est comme à l'Ouest, dont le bilan officiel se chiffra à une dizaine de victimes, quatre militaires, deux civils musulmans et quatre civils non musulmans dont un couple d'instituteurs Jacqueline et Guy Monnerot.

Le gouvernement français réagit avec l'aveuglement d'une puissance coloniale mettant les doigts dans un engrenage qui devait durer huit ans** et devait faire de trés nombreuses victimes civiles et militaires tant du côté français que pour les Algériens.

Résultat : environ un million de "pieds noirs" déracinés et rapatriés en métropole. Le produit intérieur brut français dilapidé en pure perte et le visage de la France considérablement altéré sur la scène internationale.

Aujourd'hui, où la jeunesse algérienne fête l'anniversaire de la libération de son pays, je forme personnellement tous mes voeux pour qu'elle réussisse à surmonter les problèmes qui obèrent le bon fonctionnement d'une démocratie naissante et que la République algérienne devienne le grand pays qu'elle mérite d'être.

* je dois, en 1956 et 1957, cette faveur à Monsieur Guy Mollet, président du Conseil socialiste

** 7 ans, 8 mois et 4 jours

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.