"Les ingénieurs de l'avenir lumineux"

C'est ainsi que l'historien Michel Winock qualifie la pléiade de penseurs révolutionnaires français du XIXe siècle, en particulier Fourier, Cabet et Considérant qui avaient rêvé de changer les rapports économiques et sociaux par l'association ...

...et après la révolution de 1848, il y eut une floraison de contributions pour indiquer les voies de l'émancipation avec Saint-Simon, Pierre Leroux, Constantin Pecqueur, Pierre-Joseph Proudhon, Louis Blanc...pour ne citer que les principaux.

La fondation de l'Internationale ouvrière en 1864 provoqua à la fois un élargissement idéologique de ce terreau contestataire et une radicalisation révolutionnaire, avec les blanquistes nostalgiques du babouvisme et les néo-jacobins héritiers des montagnards, qui constituèrent le noyau dur des Communeux.

Cette agitation sociale et politique polysémite se retrouva canalisée dans le grand fleuve émancipateur de Karl Marx, philosophe et prophète du grand combat de l'insurrection humaine...

C'était il y aura bientôt un siècle et demi. Et depuis lors, la lutte des classes est toujours aussi vive, les inégalités toujours plus nombreuses, l'exclusion des démunis toujours plus grande, la paupérisation s'étend et la haine de l'autre a fini par s'installer comme un poison dans le coeur des hommes.

Il faut bien en déduire que les réponses apportées aux questions posées par les semeurs d'émancipation n'étaient pas idoines ou bien n'étaient pas fondamentales...

Alors, où sont-ils aujourd'hui, nos "ingénieurs de l'avenir lumineux" ? Et que disent-ils ?

Dans cette société du spectacle et de la médiatisation urbi et orbi, ils sont noyés dans la cohorte disparate des experts de tout poil, des prix Nobel et des gourous mondiaux ; ils n'ont donc aucune chance de se faire entendre et d'introduire, ne serait-ce qu'avec quelques semences, un désir de dire non aux turpitudes du règne absolu de l'argent.

Et pourtant ils existent, ils parlent, ils publient (Badiou, Rancière, Bensaïd, Michéa, Lordon, Dardot et Laval, etc ...)* mais leurs mots n'atteignent pas les oreilles populaires déjà investies par le brouhaha du flux quotidien, qui permet d'occulter la faculté de penser.

Donc, il serait salutaire de nous débarrasser des oreillettes, retrouver notre sens critique, notre santé mentale, notre combativité. Surtout dans le bourbier putride où nous sommes enlisés.

Afin de récupérer notre dignité humaine.

* voir même Onfray, dont j'apprécie le souffle décapant.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.