Pierre Daix, un vrai communiste

J'avais dix-huit ans lorsque je l'ai rencontré. Il était le patron du quotidien communiste "Ce soir" ; il avait remarqué un article que j'avais écrit pour "Clarté", l'organe des étudiants du PCF et me proposa de faire des piges pour son journal. Des critiques de films.

J'avais dix-huit ans lorsque je l'ai rencontré. Il était le patron du quotidien communiste "Ce soir" ; il avait remarqué un article que j'avais écrit pour "Clarté", l'organe des étudiants du PCF et me proposa de faire des piges pour son journal. Des critiques de films.

Je l'ai revu sporadiquement, notamment avec mon ami Pierre Kast ; ils avaient fait partie des jeunes premiers résistants qui avaient bravé l'armée allemande, le 11 novembre 1940, en allant s'incliner sur la tombe du soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe.

Dans ce blog, je lui ai rendu hommage avec un compte-rendu de son livre, intitulé "Les combattants de l'impossible" sur la tragédie occultée des premiers résistants communistes (paru aux éditions Robert Laffont). Il avait tenu à réhabiliter le combat de ses camarades du PCF engagés trés tôt dans la lutte contre l'occupant ; en se fondant sur des archives nouvelles, il y dénonçait la façon dont cet engagement héroïque fut ostracisé par les apparatchiks communistes (et notamment par Jacques Duclos) pendant plus de soixante ans. 

Arrêté par la police de Vichy, il avait été livré à la gestapo puis déporté à Mauthausen où, étant germanophone, il a pu participer à l'organisation de résistance internationale clandestine du camp et a pu ainsi sauver de nombreux camarades.

A la Libération, il avait été chef de cabinet du ministre communiste Charles Tillon puis s'était orienté vers le journalisme ; il fut après "Ce soir" le collaborateur de Louis Aragon aux "Lettres françaises".

Mais son intégrité militante devait le conduire à rompre avec le Communisme soviétique. Il fut l'un des premiers à dénoncer le goulag en 1963 en alertant l'opinion sur le livre de Soljenitsyne, "Une journée d'Ivan Denissovitch". Puis, comme moi-même, il prit partie pour le printemps de Prague en 1968...

Ami intime de Picasso et grand amateur d'art, Pierre Daix consacra la plus grande partie de son oeuvre écrite à des ouvrages sur la peinture, notamment avec des livres sur Delacroix, Manet, Gauguin, Hartung, Nicolas de Staël, Zao Wou-ki et Pierre Soulages.

Il avait aussi écrit une biographie de Fernand Braudel ainsi que des milliers d'articles sur l'histoire, la littérature, la poésie et la politique...

Pierre Daix, communiste exemplaire, n'avait pas supporté le dévoiement stalinien de la bureaucratie du PCF et le négationnisme de l'appareil.

Dans les années 1990, il s'était rapproché d'un autre grand résistant, Henri Frenay, le créateur du mouvement "Combat" ; j'ai eu le privilège d'assister à quelques une de leurs conversations. Passionnantes.

Ils étaient tous les deux Grand Croix de la Légion d'honneur.

 Adieu Camarade !

Jean A.Chérasse

 

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