Flourens et Duval, les deux premiers héros de la Commune

Il y a cent-cinquante ans, la fraîcheur naïve d'une révolution pacifique fut fracassée par la duplicité et la sauvagerie des mercenaires versaillais stipendiés par les classes possédantes, qui venaient de prendre conscience que le vent de l'égalité s'était enfin levé...

...car hormis Auguste Blanqui, arrêté sur ordre de Thiers par la police chez un ami où il s'était installé malade dans le Lot, deux grandes figures emblématiques de la Commune vont disparaître ce jour-là : un brillant intellectuel, Gustave Flourens et un ouvrier fondeur en fer Emile Duval.

En effet, dans l'euphorie de la prise du pouvoir civil, le Conseil de la Commune a laissé de côté le pouvoir militaire qui était resté aux mains du Comité central de la Garde nationale, dont le commandement avait été confié le 18 Mars au soir (un peu rapidement semble-t-il !) à un officier de marine qui se faisait passer pour un grand stratège, Charles Lullier. Et cet aventurier n'a pas contrôlé la forteresse du Mont-Valérien, qui domine Paris.

Lors de la 16e journée des 72 Immortelles, un beau dimanche des Rameaux, le Conseil de la Commune venant de déclarer la séparation de l'Eglise et de l'Etat, une grande rumeur parcourait Paris où les gamins chantaient dans les rues :

"Aux armes ! Allons à Versailles / Pour mettre au bout de nos fusils / Le petit Thiers et ses amis..."

Le souvenir de la fraternisation étant encore présent dans les esprits, les Gardes nationaux se sont réunis et ont exprimé leur volonté de se rendre à Versailles pour dissuader toute velléité de guerre civile ; car ils avaient tous la conviction qu'aucun soldat français ne tirerait sur son compatriote sous l'oeil goguenard de l'occupant allemand !

Ainsi dans la journée du 3 Avril, les bataillons s'ébranlent, les uns après les autres, la fleur au fusil, pour aller fraterniser avec les soldats de ligne, hâtivement rapatriés du front avec la complicité des Prussiens.

Mais cette "promenade" militaire tourne vite au désastre car les canons du Mont-Valérien fauchent les premiers cortèges...

Puis Versailles feint de fraterniser afin de laisser approcher à bonne distance de tir les Gardes nationaux qu'elle fusille et sabre à qui mieux mieux !

Bilan effroyable : des centaines de morts et de prisonniers ainsi que deux éminentes personnalités assassinées : le professeur Gustave Flourens, un homme de culture et de passion, le 'Che Guevara" communeux. Et l'ouvrier Emile Duval, meneur d'hommes, brave et même intrépide, qui aurait pu être avant Rossel et Dombrowski, le grand chef des Fédérés.

Ces deux héros de la Commune, l'intellectuel et le manuel, sont emblématiques : ils forment, ensemble, l'archétype d'un phalanstère d'autogestion du bien public qui amalgamerait toutes les compétences.

En fait, le fiasco militaire des 3 et 4 Avril 1871 montrait bien que la Garde nationale, cette armée du peuple, n'était qu'une force défensive.

Car la Commune n'avait qu'une seule vocation : organiser la paix.

Dans la liberté, l'égalité et la fraternité.

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