Le retour des Ordres

Il va bien falloir admettre que la Ve République aura été l'aboutissement d'un processus dont les graines ont été semées par l'Assemblée monarchiste de Versailles en 1871, à savoir le fractionnement de la démocratie représentative en Ordres : nous vivons donc un stupéfiant retour en arrière...

...mais à la différence de ceux qui composaient les Etats-Généraux de 1789 (noblesse, clergé, tiers-état), les Ordres d'aujourd'hui sont tous issus d'un Tiers-Etat dirigé par une noblesse d'argent qui cornaque un vaste marais panurgien de la bourgeoisie d'affaires, des cols blancs, et une cohorte zélée de hauts fonctionnaires ou de technocrates.

Ainsi allons-nous assister à ce phénomène historique paradoxal : l'hommage d'une république se piquant de modernisme à l'antique société coutumière de la France monarchiste !

Mais si l'abbé Sieyès qui avait mis le feu aux poudres avec son pamphlet "Qu'est-ce que le Tiers-Etat ?" peut dormir en paix, Louis Pierre Dufourny de Villiers devrait enfin bénéficier de l'attention des historiens car il avait publié en avril 1789, ses "Cahiers du quatrième ordre" qui avaient le mérite de pointer tous les citoyens passifs , exclus du grand débat national, à savoir les pauvres journaliers, les infirmes, les indigents,etc

En effet, deux-cent-vingt-neuf ans après la grande Révolution, la société française, qui compte entre 9 et 10 millions de personnes survivant en dessous du seuil de pauvreté, traîne ce boulet du "quatrième ordre" qui n'est pas seulement celui des banlieues ou des quartiers périphériques, ces ghettos de non droit où fleurit le trafic de drogues...

Les nouveaux Ordres : les super-riches, les nantis  du CAC 40, les affidés, l'intelligentsia branchée, la moyenne bourgeoisie qui profite des miettes, les intermédiaires, les clients // les travailleurs techniciens et manuels, les enseignants, les chômeurs, les laissés pour compte...bref "les salauds de pauvres"...

En favorisant de manière éhontée cette "France d'en haut" dont il est le héraut et l'héritier, le Président Macron ressemble de plus en plus à ce Prince-Président qui allait devenir Napoléon III.

On sait comment a fini Badinguet, "le sire de ficht'on camp"...

Mais arrive un nouveau foutriquet .

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