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Billet de blog 4 févr. 2016

L'ambiguïté fondamentale

liberté, égalité, fraternité (bourgeoises)

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Dans un manifeste, intitulé "Qu'est-ce que le Tiers-Etat ?", publié en janvier 1789  comme prolégomène à la prochaine réunion des Etats généraux, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès, "l'oracle de la science politique", posait la pierre angulaire de ce qui allait devenir "la République française".

Ainsi la brochure débutait d'emblée par trois questions :

1e) Qu'est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.

2e) Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien.

3e) Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose.

Les 578 députés du Tiers-Etat sont issus de la bourgeoisie et des classes moyennes. Ce sont des roturiers ou des nobliaux, acteurs de la vie économique ou administrative d'un pays, essentiellement rural.

La suite est bien connue et a été déclinée par les historiens avec des interprétations induites souvent beaucoup plus par leurs convictions personnelles que par le souci de l'impartialité historienne...

Mais il n'en reste pas moins un ensemble matriciel, base du constitutionnalisme républicain, qui érige la représentation parlementaire pour exécuter "une volonté nationale" : "Il faut que l'unité du pouvoir se dégage de la diversité sociale. Il est impossible dans ce contexte de conserver des ordres imperméables entre eux, et la représentation doit être individualiste, souveraine et générale."

C'est ainsi que la bourgeoisie a pris le pouvoir politique en France ; elle ne l'a pas quitté depuis lors. 

Néanmoins, grâce à l'intervention des sans-culottes des sections de Paris qui ont vaincu la monarchie le 10 août 1792 et, sous les coups de boutoir des éléments les plus révolutionnaires de "la Montagne" ( Marat, Hebert, les enragés, etc), la Convention put voter la Constitution de 1793, qui est sans doute le texte le plus démocratique que nous ayons connu. Mais l'ordre bourgeois fut vite rétabli pat les Thermidoriens...

Au XIXe siècle, l'explosion égalitaire de 1848 et la révolution communaliste de 1871 remirent en question l'hégémonie politique bourgeoise mais ce ne fût qu'un feu de paille...

Depuis la Troisième République qui installa de manière pérenne le pouvoir des notables républicains (les rad-socs, la SFIO, etc) les classes possédantes restent dominantes et se cooptent les unes les autres afin de se répartir "l'assiette au beurre".

C'est pourquoi il est aberrant, aujourd'hui, où s'estompent les différences entre "la droite" et "la gauche", que l'on continue, san barguigner, à examiner leurs "programmes", et à tenter de passionner l'opinion pour les choix électoraux. Les jeux sont faits et il faudra sans doute une autre révolution pour changer la République.

L'abbé Sieyès était donc (sans le savoir) l'apologiste de l'individualisme capitaliste, qui est la règle d'or mortifère de notre époque. Il n'était donc nullement question d'instaurer une république sociale : il a bien mérité des propriétaires !

Quant aux élections : des bourgeois, encore des bourgeois, toujours des bourgeois.

Les Burgraves politiciens de la société des "honnêtes gens".

NB/ le Front populaire de Léon Blum n'a été qu'un "gouvernement de bien public". Celui du général de Gaulle à la libération, a bénéficié de l'union nationale pour la reconstruction. La seule tentative de république sociale a été celle de la Commune : elle n'a duré que deux mois.

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