Le "progrès", quel progrès ?

Alors que le muscadin de l'Elysée va se confronter dans l'île de beauté, à la rugosité nationaliste des Corses, les deux clercs de la macronie, Amiel et Emélien pulvérisent urbi et orbi le glyphosate idéologique que les "honnêtes gens" ont mis au point pour envelopper la fabrication du consentement...

...c'est ainsi que l'on doit désormais analyser la situation politique française : un affrontement entre "progressistes" et "populistes".

Les "populistes" étant relégués dans les souillardes des cuisines ou dans les salles d'attente de pôle-emploi, jetons un regard curieux vers ces "progressistes" qui tiennent le haut du pavé et qui veulent bien condescendre à donner la pièce ou à faire des aumônes aux "sans dents" ou aux "gilets jaunes".

Ces bienfaiteurs de l'humanité nous proposent le progrès.

Il s'agit d'un mot venu du latin "pro" et "gradi" qui signifie marche en avant.

Voilà, on a compris pourquoi les macronards s'appellent les marcheurs ; ce sont ceux qui portent le progrès en bandoulière !

Mais le mot désigne un concept ambigü, qui a une longue histoire, difficile à résumer en quelques lignes, mais dont on peut néanmoins retenir ceci : il est le fruit de la liberté revendiquée avec force par les philosophes des Lumières et a été considéré par Saint-Just, à l'instar du bonheur, comme étant "une idée neuve en Europe". En effet, les valeurs des Lumières s'opposant à une société marquée par un christianisme rétrograde et recuit, libéraient les esprits et dissipaient les brouillards de l'obscurantisme.

Mais le combat luministe du XVIIIe siècle pour exalter le progrès ne tolère aucune entrave et cette liberté acquise devient en quelque sorte le carburant du moteur de l'histoire : elle devient ainsi progressivement le champ de bataille du libéralisme.

Au long des deux siècles qui suivent la Révolution française, on saute d'un libéralisme plus ou moins contrôlé ou régulé à un néolibéralisme qui n'est autre chose que la loi de la jungle.* C'est trés exactement l'enveloppe idéologique que nous proposent les deux clercs de la macronie.

Avant d'être expulsé des USA par le maccarthysme, le cinéaste Jules Dassin avait réalisé un film prémonitoire ("The naked city") où il montrait bien les ravages du libéralisme. Il y a dans cette oeuvre, un plan emblématique et inoubliable :

la caméra parcourt les marches de l'escalier du "Progress hôtel" sur lesquelles est inscrit en majuscules le mot "Progress", pour aboutir au trottoir devant l'hôtel où on aperçoit, dans le caniveau, un SDF entortillé dans des sacs poubelle.

* cf "Les mystères de la gauche" de Jean-Claude Michéa

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