Yannick Bellon quand même

Une disparition en cache souvent une autre : c'est le cas avec le décès du philosophe ultramédiatisé Michel Serres et de la mort de Yannick Bellon, qui est sans doute la plus importante des cinéastes féministes françaises...

...mais qui se souvient de cette réalisatrice, qui fût major de la première promotion de l'IDHEC* (celle d'Alain Resnais), et qui enchanta tous les fervents adhérents des ciné-clubs des années cinquante ?

A une époque où tout cinéaste devait faire ses gammes en réalisant des films de court métrage, elle a excellé de manière encyclopédique en observant d'abord avec une grande tendresse le travail des ouvriers bretons ramassant le goémon, puis en exaltant la reconstruction d'une ville en ruines à l'issue de la seconde guerre mondiale ("Varsovie quand même"), et en croquant un pittoresque portrait de la romancière Colette.

Mais elle entre dans le vif du sujet lorsqu'elle passe au long métrage.

Avec "Quelque part quelqu'un" (1972), "La femme de Jean" (1973), "Jamais plus toujours" (1975), "L'amour violé" (1977), "L'amour nu" (1981) elle expose les grandes thèses du féminisme et ose même aborder le problème du viol collectif (avec Nathalie Nell) puis celui du cancer du sein.

Yannick Bellon, injustement oubliée aujourd'hui, est la pionnière de cette grande vague de respectabilisation / considération de la femme dont nous avons maintenant les effluves plus ou moins nauséabondes avec me-too.

Cette talentueuse cinéaste a remis à sa juste place le curseur des rapports des hommes avec les femmes.

Elle a fait en tout cas honneur au cinéma français.

* Institut des hautes études cinématographiques, ancêtre de la FEMIS

 

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