Pour faire suite à mon dernier billet,comment définir une politique de sécurité de gauche mêlant finement répression et prévention ? Je laisse encore la parole à Manuel Valls car je ne suis pas spécialiste de cette question ,essentielle si on veut que Sarkozy soit battu en 2012 :
"Il faudra d'abord se réapproprier,sans rougir,le tournant amorcé en 1997 à l'occasion du colloque de Villepinte au cours duquel Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement ont posé les premières bases d'une rupture dans la politique de sécurité. Il faudra ensuite traduire dans les faits le triptyque du rapport Bonnemaison (prévention-répression-solidarité) qui n'est au fond guère différent du slogan de Tony Blair :"dur avec le crime,dur avec les causes du crime". La grande intelligence de ces formules ramassées est de montrer que les forces de police ne peuvent,à elles seules,résoudre tous les problèmes liés à l'insécurité. Dans ces conditions,le rôle de la police devient plus clair.
Elle a d'abord un rôle de proximité. La suppression de la police du même nom est le pêché originel de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité. Nous en sommes retournés à une police des années 60,coupée de la population,hiérarchisée et centralisée,orientée uniquement sur l'expertise technique. Rejeter la police de proximité est une erreur impardonnable. Bien au contraire,il faut territorialiser les forces de police et créer une nouvelle police des quartiers,concentrée sur les sujets sensibles,qui connaît son terrain d'exercice et les visages de sa population. Il est évident qu'il faut y affecter,dans le même temps,les personnels les plus expérimentés.
... Comme le suggère le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas dans un essai courageux qui ébauche le contrat national de sécurité que la gauche pourrait proposer aux Français,il incomberait dès lors aux polices municipales de reprendre à leur compte et de développer cette approche qualifiée outre-Atlantique de community policing,dont la philosophie consiste à mettre résolument l'accent sur la prévention des risques de désordre et l'adhésion de la société locale."
Jean-Jacques Urvoas,De la sécurité de l'Etat à la protection des citoyens,Fondation Jean Jaurès,2010