...car Marc Ferro avait tout de suite compris que l'émergence de ce nouvel apparatchik, né dans le Caucase du nord, venant d'un milieu agricole où il s'était fait remarquer par son souci de l'intérêt collectif, propulsé à Moscou pour y faire des études de droit, serait une graine prometteuse...
Par ailleurs, ce jeune futur cadre du PCUS avait été traumatisé dans son enfance par l'injustice policière qui avait frappé son grand-père, incarcéré à tort et torturé suite à une erreur d'appréciation de la bureaucratie stalinienne.
Remarqué par Andropov et Souslov, chargés par le politburo d'une rénovation progressive du parti, Gorbatchev gravit les échelons de la hiérarchie politique de l'URSS et fait vite son entrée au Comité Central.
Ses compte-rendus et ses discours ont été finement analysés par Marc Ferro qui en conclut que ce nouveau dirigeant, dont la première décision fût le combat contre l'alcoolisme, est plutôt "menchevik" que "bolchevik" et qu'il devrait impérativement briser l'étreinte policière de la bureaucratie s'il souhaitait réanimer la démocratie au sein des républiques soviétiques...
Il rencontra et se lia d'amitié avec Alexandre Iakovlev, un ancien ambassadeur, qui lui suggéra de pratiquer la transparence (glasnot) dans tous ses actes de gouvernance afin de jeter peu à peu les bases d'une restructuration du pays (pérestroïka) , bannissant ainsi tout esprit nationaliste et refoulant le démon du panslavisme.
Gorbatchev ne fût pas pris au sérieux par l'Occident et encore moins par les Etats-Unis, aveuglés par leur anticommunisme primaire ; puis il se heurta en URSS à d'innombrables oppositions cristallisées par la corruption généralisée ! Il ne réalisera pas son grand dessein de transformer l'empire stalinien en fédération social-démocrate...Mais il avait réussi tout de même à libérer l'Europe du rideau de fer !
Néanmoins, on ne négocie pas avec une dictature, on la combat et on la détruit...
Un prix Nobel lui fut attribué en 1990 : c'est un geste dérisoire.
Car Gorbatchev est un libérateur.