DICTIONNAIRE AMOUREUX DU CINEMA de JEAN TULARD (PLON)

L'historien Jean TULARD est non seulement le grand spécialiste de Napoléon mais il est aussi un cinéphile trés remarquable. Après nous avoir donné ses dictionnaires et son guide des films qui sont les outils précieux de tous les amateurs de cinéma,il vient de publier sous forme de "dictionnaire" son journal intime cinéphilique. Evidemment,on peut ne pas être d'accord avec les appréciations qu'il a sur tel réalisateur ou tel film,mais on est séduit par l'empathie globale qu'il manifeste au sujet de l'intrusion du cinéma dans notre vie. Car il s'agit bien de cela,une passion pour le 7e art,un feu qui vous habite et vous ronge depuis l'enfance...

Il le rappelle d'ailleurs, ses dimanches à Albi au Moderne où il découvre jusqu'à la fin de 1942,quelques films américains,les westerns surtout : Une aventure de Buffalo-Bill,Pacific express,les Conquérants,le Brigand bien aimé... D'où son goût pour le film de série B et le "nanar",goût inavoué du vrai cinéphile qui lui fera prendre le train ou l'avion pour se rendre dans des clubs ou dans des cinémathèques pour y déguster l'oiseau rare ! "Le vieux cinéphile s'apparente au grognard de Napoléon racontant ses compagnes. Prêtez lui une oreille indulgente. Songez qu'il a vu tous les films de Harold Llyod au National Film Theater de Londres,Deux mille maniaques,le premier "gore",dans une salle crasseuse d'Anvers,et,à Coblence,Paths of Glory de Kubrick,le film n'étant pas alors distribué en France pour des raisons politiques."

Dans ce bréviaire d'un cinéphile,TULARD rend hommage aux grands réalisateurs et aux grands acteurs mais aussi aux techniciens,les directeurs de la photographie,les décorateurs,les costumiers,et même ...les ouvreuses dont il regrette la disparition progressive. Ses partis -pris peuvent surprendre ou irriter mais il ne cache pas son addiction pour l'étrange,la science-fiction,le fantasme sexuel,l'humour sadique et l'action violente.

Il met l'accent sur des noms oubliés,les grands seconds rôles du cinéma comme Saturnin Fabre,Marcel Herrand ou Louis Salou. Il rend justice à Orson Welles,Eisenstein,et Von Stroheim. De la "nouvelle vague" il ne reste que Truffaut avec Le dernier métro. Il ne cite pas les autres...

A la page 486,il écrit ceci qui me va droit au coeur (cf mes billets sur "Apocalypse") : "Il m'est impossible d'entrer dans un film évoquant la Seconde Guerre mondiale s'il est en couleurs...Il faut dénoncer la colorisation des films anciens qui est une trahison de l'oeuvre,pire,un sacrilège."

A notre époque de consommation bling-bling,ce dictionnaire amoureux est comme un verre d'orange glacée dans le désert. Comme un esquimau gervais à l'entracte de l'agitation politicienne et judiciaire qui pollue notre quotidien.C'est en tout cas l'oeuvre d'un esprit distingué et d'un homme de culture.

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