« Apocalypse Staline » : un brûlot élégant et manichéen

Avec cette nouvelle déclinaison de son dispositif « Apocalypse », le couple Costelle vient, une fois encore, nous démontrer que le documentaire historique oscille toujours entre vérités et mensonges et qu'ainsi, il peut être un redoutable vecteur de propagande car il sait vulgariser avec talent, le credo des classes dirigeantes, la bien-pensance qu'elles distillent, et les idées reçues qui en découlent...

Avec cette nouvelle déclinaison de son dispositif « Apocalypse », le couple Costelle vient, une fois encore, nous démontrer que le documentaire historique oscille toujours entre vérités et mensonges et qu'ainsi, il peut être un redoutable vecteur de propagande car il sait vulgariser avec talent, le credo des classes dirigeantes, la bien-pensance qu'elles distillent, et les idées reçues qui en découlent...

Car ce triptyque sur Staline, conçu comme une relecture de la deuxième guerre mondiale dominée par l'omniprésence du dictateur, est astucieusement ponctuée de flash-backs biographiques sur le séminariste géorgien qui se glisse progressivement dans la peau d'un malfrat révolutionnaire jusqu'à devenir le maître du monde en se faisant passer pour l'unique héritier de Lénine : c'est ainsi que fonctionne le deuxième volet de l'oeuvre, la première partie étant assez confuse et la dernière sombrant, hélas, dans le pamphlet anti-communiste, comme aux plus beaux temps de "Paix et liberté", l'officine factieuse de Jean-Paul David.

Mais il faut bien reconnaître que ce téléfilm est le résutat d'un travail colossal, validé par un choix pertinent des archives mariées avec des extraits de films de fiction (Youtkevitch, Romm) et qu'il est le fruit d'un montage virtuose (Isabelle Clarke).

Alors pourquoi venir critiquer une telle somme de travail, une telle démonstration de talents ?

Tout d'abord, parce que le documentaire historique digne de ce nom, n'est pas un simple album d'images plus ou moins bien commentées par un texte conformiste ou racoleur - le poids des mots, le choc des photos - , il doit induire la réflexion et la critique sinon il n'est qu'un spectacle. Et l'Histoire ne se donne pas en spectacle. C'est notre héritage collectif, le passé de notre famille.

Ensuite, il doit obligatoirement comporter une distance par rapport aux événements et ne pas procéder par amalgames.

Car que reste-t-il finalement de cette opération "Apocalypse Staline" ? Quelle est sa capacité de nuisance ou d'enfumage ?

Staline = Hitler = dictateurs sanglants //  Communisme = nazisme = horreur absolue. (Sans oublier au passage Robespierre et Sa Terreur afin que nous nous sentions concernés !)..

Donc, TINA* : il n'y a pas d'autre alternative que le bienfaisant capitalisme.

Jean A.Chérasse

NB/ il est bien regrettable que la télévision de service public utilise le savoir-faire professionnel d'un de ses pionniers (Costelle) pour persister à être le rouleau compresseur de l'idéologie des classes dominantes. Cela étant, 3 139 000 téléspectateurs ont regardé ce triptyque, soit 11,6% de l'audience nationale, derrière TF1 et M6

* There Is No Alternative

 

 

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