La spirale du déclin français

Un des grands mérites de "1914-2014 / L'Europe sortie de l'Histoire ?"* de Jean-Pierre Chevènement est de nous indiquer les causes de notre présente décrépitude. En effet, ce brillant essai historico-politique est une parfaite illustration de la méthode Braudel qui préconisait de n'envisager l'analyse historique que dans "la longue durée"...

Ainsi est-il avéré que l'effroyable spirale qui nous entraîne aujourd'hui vers la récession, l'austérité et probablement la paupérisation est une terrifiante ardoise dont les raisons plongent dans l'histoire des deux siècles précédents, avec une accélération due aux deux guerres mondiales qui ont été suivies de deux phénomènes de mondialisation sauvage.

Depuis 1945, la deuxième mondialisation a consacré l'hégémonie des USA et vassalisé l'Europe qui n'a pu se doter que d'institutions comptables et débilitantes, un grand marché dominé par l'économie allemande au détriment des autres nations.

"L'Europe européenne", le projet gaullien qui aurait pu rééquilibrer la tectonique barbare des forces puissantes de la mondialisation, a été peu ou prou abandonné au nom des raisons d'Etat monétaires et commerciales, privilégiant l'Allemagne réunifiée dont le leadership est devenu incontestable.

Au lendemain des "trente glorieuses", la France a malheureusement raté tous ses rendez-vous avec l'Histoire dans ce marigot mercurial et consumériste. En 1983, elle a fait le mauvais choix en optant pour la construction d'une union européenne libérale, pilotée par les oligarchies financières et leurs supplétifs technocrates...

Depuis lors, tout s'est enchaîné. Désindustrialisation, régions et populations sacrifiées, flux commerciaux dépendant des multinationales, éducation nationale en berne, etc

En arrivant au pouvoir en 2012, la "gauche" aurait impérativement du faire un véritable audit de la situation. Et prendre immédiatement les décisons courageuses et drastiques qui s'imposaient !

Il fallait reprendre notre destin en mains, repartir avec le programme du CNR, redonner à la France sa tonicité démocratique. Faire confiance au peuple plutôt qu'aux banquiers.

Et surtout ne pas faire l"Autruche, ne pas faire cette politique des petits pas ; on n'éteint pas un incendie avec un verre d'eau...

N'en déplaise aux Cassandre de tout poil : le déclinisme n'est pas un humanisme.

"Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent !"

* Fayard

 

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