L'indispensable décodage

Depuis le décès de l'ancien président VGE on assiste à un déferlement de commentaires vantant son intelligence, sa grande capacité d'homme d'Etat ainsi que sa modernité et chacun en rajoute dans le superlatif...

...comme si la disparition d'une personnalité politique de premier plan devait nécessairement s'accompagner d'un grand concert de louanges et de gratitude nationale pour quelqu'un qui a fait son job !

Et son successeur actuel n'est pas en reste car cela lui donne l'occasion d'une jactance et le privilège de prononcer l'oraison funèbre ; mais n'est pas Bossuet quiconque a l'outrecuidance de le vouloir...

Désolé de venir contredire tous les "experts en politologie" ainsi que tous les commentateurs de commentaires qui rivalisent et s'égosillent en idées reçues et lieux communs sinon en matière d'enfumage de l'opinion publique : le septennat de VGE n'est autre qu'une soupape "libérale" dans cette démocrature de la domination économique et sociale bourgeoise que le pouvoir absolu du général de Gaulle a installée en France à la fin des années cinquante.

Il faut en réalité réexaminer Mai 1968 pour apercevoir les racines du giscardisme : on les trouve dans les tergiversations de la gauche au meeting de l'UNEF au stade Charlety le 27 Mai, mais surtout avec le "grand défilé de la trouille" sur les Champs-Elysées le 30 Mai, conduit par Malraux et Debré...

Ces journées de colère, d'utopie ou de réaction conservatrice ont pesé lourd et constituent les cellules-souches de la prise du pouvoir par Valéry Giscard d'Estaing.

En effet, les classes dominantes, terrifiées par la bourrasque anarchiste de Mai 68, ont estimé qu'il lui fallait devoir abandonner la rigidité de la gouvernance patriarcale gaulliste et jeter du lest par des réformes sociétales évidentes : la majorité à 18 ans, le divorce par consentement mutuel, etc... et surtout l'IVG. Le tout sera acquit contre la majorité réactionnaire et bien-pensante !

Mais cela n'a pas empêché le capitalisme français d'opter pour le tout nucléaire et de donner un grand coup de Barre sur le salariat, bref de poursuivre la même politique d'oppression sociale tout en offrant des croissants aux éboueurs, et en octroyant des réformes exigées par l'évolution de la société...

Ce président dont la famille avait acheté son titre de noblesse, était en fait un roturier, supplétif du Thiers-Etat.*

* néanmoins, je lui suis reconnaissant d'avoir libéré mon film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" des griffes de la censure qui l'avait bloqué.

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