...car le concept de cette collection documentaire est né en 1963, d'un échange que j'avais eu avec Albert Ollivier, directeur des programmes de la RTF, qui souhaitait mettre sur les antennes de la télévision une série d'émissions de réflexion historique susceptible d'être un contrepoint à la "Caméra explore le temps", une populaire évocation théâtrale du passé.
En effet, après avoir décidé fin 1962 de quitter le cinéma de fiction * pour m'orienter vers la réalisation de documentaires historiques, j'avais à l'instar de Maurice Scherer (Eric Rohmer) été tenté un moment par la télévision scolaire, mais j'en avais été vite dissuadé par l'insuffisance des moyens techniques dont elle disposait...
Donc je me suis retrouvé en 1964 en face de Claude Contamine (fils et frère d'historiens), qui avait succédé à Albert Ollivier dans le cadre d'une nouvelle structure : l'ORTF.
Il approuva le projet "Présence du passé" et je fis appel pour me seconder au normalien journaliste Jean Mauduit et au scénariste Bernard Revon ("Baisers volés")
Nous mîmes immédiatement en chantier "Les cent jours" (3 téléfilms d'une heure) dont la réalisation fut confiée à Georges Dumoulin** et "Le système de Law", avec Claude de Givray***
Et puis ce furent "La Fronde", "Valmy et la naissance de la République", "La conquête de l'Angleterre par les Normands", "La naissance de l'Empire romain", "Le jeudi noir"...mais nous avions également préparé "Les camisards", "L'affaire Dreyfus", "La sorcière" et une "histoire de l'esclavage" que devait réaliser le cinéaste brésilien Ruy Guerra.
La Commune étudiante de Mai 68 et la grande grève de l'ORTF mirent fin à la vie de cette collection qui fut jugée par "Les cahiers du cinéma" comme "étant une des créations les plus originales de la TV" !
Elle eût néanmoins des héritiers avec notamment "les détectives de l'histoire" de Laurent Joffrin et, surtout, "Histoires parallèles" de Marc Ferro que j'ai piloté depuis l'INA où j'avais trouvé refuge.
"Présence du passé" avait trouvé la bonne formule pour associer les universitaires avec les saltimbanques ; cette collection ne se contentait pas de raconter mais elle avait pour but essentiel d'éveiller l'esprit critique et la réflexion citoyenne !
Elle était la mise en pratique audiovisuelle de la problématique de recherche de "l'école des Annales".
Où en sommes nous aujourd'hui avec l'histoire-spectacle ?
Jean A.Chérasse
* malgré les succès commerciaux de mes deux films de long métrage
** prix du festival de Tours avec "La noble jeu de l'oie"
*** ami et collaborateur de François Truffaut, il réalisera aussi les deux volets de "La fronde"