...c'est ainsi que vient de s'exprimer un éminent groupe d'écrivains qui a signé un "manifeste" pour le festival "Etonnants voyageurs" de Saint-Malo : "Pas plus que la démocratie ne se résume à Rome, à Athènes ou à la simple loi de la majorité elle est ce pari fou, impossible, fragile, toujours en péril de se perdre, mais qui peut bien tirer sa force de sa fragilité même, d'une possible communauté des êtres humains fondée sur la reconnaissance de la radicale singularité de chacun, de sa capacité à transcender ce qui prétend le déterminer et le contraindre, de sa fondamentale liberté d'être et de devenir."
Or la perspective d'un tsunami macronien avec l'arrivée au Palais Bourbon d'une "chambre introuvable", fait peser sur notre démocratie un péril mortel car si cela est avéré, nous serons contraints de subir les ukases d'un pouvoir personnel.
En 1850, sous la Deuxième République, les Français se sont trouvés dans la même situation avec un chef de l'Etat plébiscité par le suffrage universel, Louis-Napoléon Bonaparte. Il n'aspirait qu'à une seule chose : devenir Empereur, acquérir le pouvoir absolu. Etrangler la démocratie.
A cette époque, un homme que Marceau Pivert a désigné comme étant la "source du socialisme français", Constantin Pecqueur, publie dans "Le salut du peuple" un texte magnifique dont voici un extrait :
"Sans jamais souhaiter le mal des riches, nous pensons avant tout aux pauvres, à nos frères sans asile, sans pain, sans lumière, sans consolation ! Et ici nous sommes arrêtés par un sinistre pressentiment : marcherions-nous rapidement vers une époque où il ne serait plus question, même jusqu'aux mots, de droit, de justice et d'humanité ; où tout serait cupidité, sensualité, passions odieuses, haine et vengeance, honte et bassesse, besoins grossiers et terreurs paniques ?
Le sens moral est atrophié ; le doute a desseché les sources vives du coeur et de la conscience ; les caractères sont abaissés ; et la politique, comme la religion, n'est plus que l'art de river les fers des peuples sans qu'ils s'en doutent.
Quant à l'insurrection, comme moyen de salut et soupape de sûreté pour un peuple aux abois...le peuple se charge toujours de la besogne, et il serait burlesque de lui en contester le droit, lorsque le moment solennel est venu ; c'est à dire lorsque la loi d'équilibre du monde moral ou de la purification générale fait briller ses éclairs et éclater ses tonnerres."
Toute ressemblance avec des personnes ou des situations actuelles ne sont pas fortuites.