Giap vu par Raymond Aubrac

Au cours des multiples conversations que j'eus avec Raymond Aubrac lorsque nous préparions cette grande série documentaire sur la décolonisation que la télévision française renonca finalement à produire, la grande figure de Vo Nguyên Giap fut souvent évoquée.

Au cours des multiples conversations que j'eus avec Raymond Aubrac lorsque nous préparions cette grande série documentaire sur la décolonisation que la télévision française renonca finalement à produire, la grande figure de Vo Nguyên Giap fut souvent évoquée.

Il l'avait souvent rencontré lors de ses séjours au Vietnam et ne tarissait pas d'éloges à son sujet...

Fils de mandarin, il avair reçu une bonne éducation au lycée français d'Hanoi, puis avait poursuivi des études d'histoire, de droit et d'économie à Hué, au lycée Quoc Hoc et avait couronné son cursus par l'Université d'Indochine et la prison de Lao Bâo où il fut incarcéré de 1930 à 1932 en tant que militant communiste.

Marxiste convaincu, il portait une véritable haine au capitalisme colonialiste qu'il rendait responsable des décès de sa première épouse et de sa belle-soeur, guillotinée à Saïgon par l'Administration française.

Au Congrès de Tsin'Ti qui voit la fondation du Viêt Minh, il est chargé par son ami Hô Chi Minh de l'organisation de la guérilla contre les Japonais puis, en 1944, il jette les bases de l'APV, l'armée populaire vietnamienne.

Il n'avait pourtant été l'élève d'aucune académie militaire mais il était nourri par les grands exemples de la Révolution française : Valmy, Fleurus, Jemmapes, etc. Et il était, selon Raymond Aubrac, ébahi par la campagne de France de Napoléon en 1814. Il était capable de la faire revivre et de l'enseigner aux jeunes officiers du Viêt Cong.

En fait, il avait été marqué par la naissance du soldat-citoyen qu'il adaptera au Vietnam pour en faire un soldat-camarade.  

Ainsi Giap prendra-t-il en mains pendant une trentaine d'années le destin de l'APV qui vaincra l'Armée française à Diên Biên Phu en 1954 puis le Corps expéditionnaire américain de Westmoreland qu'il obligera à quitter le sud du pays.

Ce militaire hors du commun, qui s'est inscrit dans le sillage de Saint-Just, de Rossel et du Che, était non seulement une brillante intelligence mais aussi et surtout un homme de conviction. Un révolutionnaire exemplaire.

Un homme de la liberté.

Avec sa disparition les Vietnamiens perdent un grand "ami du peuple", le "volcan sous la glace"* de leur indépendance.

Ce fils posthume des soldats de l'an II est aussi notre héros : celui qui a terrassé la bête immonde du colonialisme.

Salut à toi, général-camarade !

* selon la belle formule de Jean Lacouture


 

 

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