A contre-courant de tous les observateurs politiques qui ne voient dans les prochaines élections départementales qu'un test de représentativité pour les grandes formations politiques, je crois que cette consultation est un acte important dans notre vie démocratique.
En effet, hormis l'élection présidentielle qui est le pivot de la Ve République, quelles sont les moments où le peuple jouit de la plus grande proximité avec ses mandataires ?
Les municipales évidemment, mais aussi ces "cantonales" dont tout le monde se gaussait qui sont devenues aujourd'hui les "départementales". Pourquoi pas plutôt "Les provinciales" ?
Sur les épaules de ces délégués bientôt élus dans toute la France, pèseront bien des responsabilités concernant la gestion des services publics et la vie quotidienne de tout un chacun et il est bien dommage que leurs candidatures aient été le fruit de la sélection et de la désignation des Partis.
Cette cooptation est une régression démocratique : il y a cent-quarante-quatre ans, en mars 1871, le Comité Central de la Garde Nationale appelait, avec cette proclamation, les électeurs parisiens pour élire leurs représentants à la Commune :
"Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez vous autant des ambitieux que des parvenus...Défiez-vous également des parleurs...Evitez ceux que la fortune a favorisés, car, trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère...Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages. Le véritable mérite est modeste, et c'est aux travailleurs à connaître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter."
Il y avait ainsi de quoi effrayer "les honnêtes gens" qui n'hésitèrent pas, 72 jours après ces élections, à exterminer "la canaille".