L'hypocrisie mémorielle

Alors que le principal vainqueur de la seconde guerre mondiale (22 millions de morts) n'a pas été invité aux cérémonies du soixante-quinzième anniversaire du débarquement allié en Normandie, les chefs d'état s'efforcent de faire le job rituel en pérorant de manière factice devant un groupe de plus en plus clairsemé de vétérans...

Pourtant Emmanuel Macron, qui a été l'assistant du philosophe de l'histoire Paul Ricoeur, aurait dû se souvenir de ce qu'avait écrit son vieux maître : "Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire - et d'oubli. L'idée d'une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués."

Il aurait pu aussi, en regardant Trump dans les yeux, marmonner ce graffiti trouvé sur les murs de Paris pendant la Commune de Paris en 1871, et qui sera repris par les étudiants de la Sorbonne en mai 1968 : "Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes !"

Mais revenons aux cérémonies du 6 juin, "les sanglots longs des violons de l'automne...blessent mon coeur d'une langueur monotone"

On avait , chacune des soixante-quinze années qui nous éloignent de l'événement, pu rendre peu à peu superposables l'empreinte mémorielle et la véracité historique. En 2019, on se contente hélas de commémorer une coquille vidée de ses principes, puisque les gouvernements américain et anglais ont désormais tourné le dos aux idéaux pour lesquels se sont sacrifiés tant de jeunes héros !

Trump représente l'Amérique repliée sur elle même, xénophobe, raciste et imperturbablement réactionnaire, May la fuite intempestive hors d'une Europe qui s'était rassemblée pour garantir la paix et la prospérité...

Ainsi "Derrière les hommages convenus à l'héroïsme des soldats du 6 juin, écrit Laurent Joffrin dans "Libé", se profile la pure et simple trahison de leurs idéaux."

Il en est malheureusement ainsi de toutes ces grandes mascarades officielles qui amusent le bon peuple pour lui faire "avaler des couleuvres" et assurer un climat de béatitude cocardière et bien-pensante.

Il existe un superbe film sur la réalité historique du débarquement : "Le six juin à l'aube" de Jean Grémillon.

Il a été interdit par la censure.

 

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