Fraternité sans rivages!

Dans une décision rendue publique le 6 juillet, le Conseil Constitutionnel vient de consacrer la valeur constitutionnelle du principe de fraternité, confortant ainsi la triade républicaine française à un moment où l'Union européenne se déchire sur les questions migratoires. Il aura donc fallu 147 ans pour que les gardiens de la loi suprême entérinent l'une des idées phares de la Commune de Paris.

Ainsi l'agriculteur Cédric Herrou, qui avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir transporté quelque 200 migrants érythréens et soudanais, de la frontière italienne jusqu'à sa ferme où il les avait recueillis, nourris et soignés, ainsi que le professeur Pierre-Alain Mannoni, condamné aussi pour les mêmes raisons, ne sont-ils plus justiciables du délit de solidarité.

Car ce "délit de solidarité" reposait sur un texte flou qui ne posait pas clairement la ligne de démarcation entre l'assistance rémunérée des passeurs et l'assistance désintéressée des indignés, des militants, des frères humains.

Le Conseil Constitutionnel considère que la loi ne concilie pas de façon suffisamment équilibrée la principe de fraternité (qui est désormais consacré) et la sauvegarde de l'ordre public. Il considère que la liste limitative des actions exemptées de toutes poursuites doit être entendu plus largement et doit couvrir "tout acte d'aide apportée dans un but humanitaire".

"C'est une victoire importante des libertés fondamentales qui permet de neutraliser le délit de solidarité" dit maître Spinosi, l'avocat de Cédric Herrou, alors que le nombre de noyés en Méditerranée atteint son plus haut niveau depuis le début de l'année.

C'est la première bonne nouvelle du quinquennat d'Emmanuel Macron qui va devoir changer sa politique d'atermoiement européiste et dont son ministre de l'Intérieur va devoir tenir compte dans les semaines qui viennent...

Cela marque, en tout cas, le retour de l'humain en politique.

Les idées justes sont immortelles.

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