Défalsifier l'histoire

La récente empoignade au sujet de «la célébration» de la nuit du 4 août, repose encore une fois le problème de l'utilisation des symboles historiques biaisés pour une colonisation culturelle de l'opinion publique par les classes dominantes...

C'est en effet une stratégie payante (et peu onéreuse) que de se servir des falsifications du passé pour installer dans la société un climat de bien-pensance, de patriotisme naïf et de résignation sociale.

Pourquoi criez-vous ? Pourquoi manifestez-vous ? Pourquoi vous révoltez-vous ?...alors que nos ancêtres ont acquis de haute lutte, et parfois au prix de leur vie, tous les avantages dont vous pouvez bénéficier aujourd'hui.

Il n'est évidemment pas question de renier ou de sous-évaluer les grandes convulsions de l'Histoire, mais seulement d'en apprécier l'importance dans leurs conséquences et dans la longue durée.

Par contre, il faut bien avoir conscience d'une globale prise en compte de l'Histoire par les élites bourgeoises qui en ont interprété les faits dans leur intérêt et qui ont pesé de tout leur poids sur le système scolaire et universitaire pour que perdurent les idées reçues, les symboles falsifiés et les terrifiantes et coriaces légendes noires...

Ainsi Jules Ferry, l'incapable maire de Paris pendant le siège en 1870, devenu le "promoteur" d'une école laïque et gratuite (qui avait été imaginée et réalisée par la Commune), a-t-il fait truffer sous la IIIe République les manuels scolaires de tous les arrangements favorables à la bien-pensance bourgeoise , de la "prise de la Bastille en 1789" sans effusion de sang jusqu'aux bandits qui ont brûlé les monuments de la capitale en 1871...

Robespierre, Couthon et Saint-Just sont présentés comme des "ogres assoiffés de sang", Louise Michel comme une "pétroleuse vipérine"...tandis que l'excellent Adolphe Thiers est "un homme providentiel qui a sauvé la France" et dont on va généreusement donner le nom à une multitude de places, d'avenues et de rues afin que la nation reconnaissante puisse lui rendre hommage.

Fort heureusement, de nouvelles promotions d'historiens ont vu le jour, malgré la rigidité et le carcan réactionnaire de l'université, brisant les tabous, pourfendant les idées reçues, décodant les situations .

Parmi tous ceux qui se sont consacrés à nettoyer l'histoire de ses préjugés et de ses faux semblants, un nom s'impose :

celui d'Henri Guillemin.*

*Il faut le lire, l'écouter et aussi venir rejoindre l'association qui porte son nom et qui organise le 17 novembre prochain, un colloque sur Pétain, l'étrange défaite de 1940 et Vichy.

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