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Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Dernière édition

Le boulanger, la boulangère et le petit mitron

L'été 1789 fut l'été de tous les dangers pour la monarchie. Ebranlée en juillet par la prise de la Bastille, symbole du pouvoir absolu, elle fut à nouveau mise à l'épreuve les 5 et 6 octobre par une marche des femmes des faubourgs sur Versailles afin de ramener à Paris la famille royale. Journées révolutionnaires restées célèbres par ce cri du peuple : "Nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron".

Cet événement dont les féministes pourraient commémorer l'anniversaire marque, pour la première fois dans notre histoire, le rôle majeur des femmes dans un processus révolutionnaire. Car ce "kidnappage" de la monarchie permit non seulement d'obtenir la signature du roi pour sanctionner la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen"  mais aussi et surtout de mettre la famille royale sous la surveillance du peuple de Paris.

C'est un banquet qui a mit le feu aux poudres et a déclenché ces "Journées d'Octobre". Louis XVI et son entourage se sentant menacés, avaient fait venir à Versailles le Régiment de Flandres, composé de soldats de métier. Et Marie-Antoinette avait organisé un banquet en l'honneur des officiers de cette troupe : on y but beaucoup, on porta des toasts à la monarchie, et on piétina des cocardes tricolores.

Les échos de ces ripailles anti-révolutionnaires parvinrent dans un Paris malheureux, affamé et fiévreux. La colère populaire s'exaspéra et les femmes des faubourgs, rassemblées devant l'hôtel de ville, décidèrent de marcher sur Versailles pour voir le roi et lui réclamer du pain. Il pleut ce lundi 5 octobre 1789. Le cortège des femmes arrive devant le château dans l'après-midi ; elles sont trempées et crottées. Mais elles sont déterminées à obtenir gain de cause. Elles y passeront la nuit devant la grille avec de grands feux allumés et des chants révolutionnaires. Puis, au petit matin, elles envahissent la cour. Bagarre. Un garde du corps est tué. La foule arrive jusqu'à l'entrée des appartements de la reine. La Fayette, commandant de la Garde Nationale, intervient alors et parait au balcon doré de la cour de marbre avec Louis XVI, muet et bouleversé, et Marie-Antoinette qui tient dans ses bras le dauphin.

"Mes amis, dit le roi, j'irai à Paris avec ma femme et mes enfants : c'est à l'amour de mes bons et fidèles sujets que je confie ce que j'ai de plus précieux."

Réunie le 6 octobre en fin de matinée, l'Assemblée décide de suivre Louis XVI à Paris. L'immense cortège s'ébranle en début d'après midi : en tête, des Gardes nationaux, chacun avec un pain au bout de sa baïonnette. Puis, escortant des chariots de blé et des canons, les femmes armées de piques et de fusils, ou portant des branches de peuplier.

Au milieu, après les soldats du roi désarmés, et coiffés de la cocarde tricolore, le carrosse de la famille royale, aussi lent qu'un corbillard, auprès duquel caracole La Fayette.

Qui a dit que la Révolution française était une révolution masculine ?

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Tous les commentaires

@ Gavroche....La conscience féministe  ( au sens XXIème siècle ) est encore loin d'apparaître dans cette période de la Révolution Française, pourtant certaines voix de femmes  s'élèvent pour combattre la domination masculine dans une société patriarcale .

 Si les partisans de l'égalité politique hommes / femmes ne sont pas nombreux pendant la révolution , certains, comme Condorcet , montrent la voie en affirmant :" Songez qu'il s'agit des droits de la moitié du genre humain ( ce qui, me semble-t-il,est toujours d'actualité ... l'égalité hommes / femmes est loin d'être effective de nos jours  : égalité des salaires , femmes au gouvernement , présidente de la république , postes de direction dans les grandes entreprises...etc, etc, etc!!)