D'un Belmondo l'autre...

En 1956 Jean-Paul Belmondo, élève du Conservatoire, tournait son premier film intitulé « Les copains du dimanche » sous la direction d'Henri Aisner, un réalisateur communiste exécutant une commande de la CGT et du PCF afin de sensibiliser la jeunesse française au gigantesque effort collectif nécessaire pour la reconstruction du pays...

... puis en 1960, après avoir joué dans un court-métrage "Charlotte et son Jules", il incarnait un gangster amoureux d'une vendeuse du Herald-Tribune dans "A bout de souffle" de Jean-Luc Godard.

Comment était-on passé en quatre ans de l'incarnation d'un prolo à la Jean Gabin ("La belle équipe", "Le jour se lève") à un personnage narcissique, individualiste, vaniteux et jem'enfoutiste bien qu'étant toujours franc du collier, blagueur et terriblement sympa ?

Dans le film d'Henri Aisner, Belmondo, ouvrier ajusteur, personnage digne de ceux des romans de Louis Aragon, portait sur ses larges épaules le grand message de solidarité et d'entraide prolétariennes qui prévalait à la Libération, mais cette orientation des jeunes restait encadrée par leurs aînés, toujours empreints de l'esprit bolchevique. Ainsi les ouvriers d'un atelier de l'aéronautique, qui rêvaient de se balader dans le ciel, étaient-ils tributaires des décisions d'un Comité d'entreprise avant de pouvoir consacrer leurs loisirs à réparer un stampe bi-plan, et créer un aéro-club populaire dont les ouvriers seraient les actionnaires.

Cette dualité de rôles me semble révélatrice d'un phénomène qui a frappé toute l'Europe occidentale dans les années cinquante et particulièrement notre pays : l'américanisation mentale de la France. Une américanisation consécutive au plan Marshall et à l'instauration de la guerre froide, qui a imposé l'hégémonie yankee dans les imaginaires et qui a obnubilé tous les esprits. Sans oublier les modes et les mentalités.

Ainsi les valeurs morales qui s'imposaient aux lendemains de la guerre (la solidarité, l'altérité, la fraternité, la vertu du collectif) se sont progressivement effacées devant l'individualisme, l'autosatisfaction, la jouissance immédiate...la combine.

L'exemple du jeune homme travailleur, bienveillant, prêt à rendre service tout en étant toujours de bonne humeur a fait place à un turlupin rigolo, vaniteux et dominateur, qui séduit toutes les filles et se moque de toutes les contraintes.

Belmondo est devenu Bébel, pour notre grand divertissement.

Mais pas pour le reste.

Nb/ si vous n'aimez pas les flics, si vous n'aimez pas les voyous, si vous n'aimez pas léon morin prêtre...

allez vous faire foutre !

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