La société de la rumeur

Depuis les pertinentes réflexions de Guy Debord sur «la société du spectacle» que nous pouvons hélas vérifier chaque jour, émerge peu à peu un autre fléau médiatique qui gangrène l'information et empuantit l'air du temps : la rumeur.

Si encore c'était celle dont parle Paul Verlaine lorsqu'il évoque le "ciel par dessus le toit", elle nous serait familière et réconfortante car elle nous sortirait de notre isolement et parfois de notre cafard, mais la rumeur en question est un poison mental et psychique.

Un poison qui se met à ronger notre quotidien en détruisant les uns après les autres, tous les fils qui tissent notre aptitude à vivre ensemble.

C'est la toile gluante d'une gigantesque araignée que nous appelons "les réseaux sociaux", une espèce vénéneuse qui dépose ses graines afin que la saloperie puisse prendre corps et se propager, le voile hideux de l'imposture, du mensonge et du malheur.

Ce fléau est d'autant plus dangereux qu'il est incontrôlable et a toute licence pour exercer ses ravages, soit directement, soit par fragmentation.

Ainsi nous sommes entrés avec Internet dans un monde qui se met étrangement à ressembler à la forêt de Bondy, c'est à dire dans un univers où flottent en apesanteur les bobards, les dénonciations et aussi l'obscurantisme...

Cette "société de la rumeur" est une aubaine pour les plumitifs qui gagnent leur misérable croûte en bavant sur leurs semblables, elle est aussi une ignoble opportunité pour les salauds et les lâches qui peuvent régler leurs comptes ou assouvir leurs prurits de vengeance à l'abri de cet anonymat électronique.

Et il est parfois difficile de l'éradiquer car la rumeur peut laisser une trace indélébile que le bon sens populaire traduit par l'expression : "il n'y a pas de fumée sans feu".

Ce fut le cas par exemple, avec la légende noire des "pétroleuses", ces "hideuses mégères de la Commune qui transportaient du pétrole dans leurs pots à lait et qui, passant devant les immeubles, se baissaient pour jeter le liquide inflammable dans les soupiraux".

Cent-cinquante après, nous avons la preuve que les incendies de Paris lors de la Semaine sanglante, ont été provoqués par des "bombes au pétrole" que Thiers avait fait venir de la Pyrotechnie de Bourges, par trains spéciaux bâchés, au cours du mois d'Avril 1871.

"Cette paisible (affreuse) rumeur-là (ne) vient (pas) de la ville"...

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