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Billet de blog 9 décembre 2010

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Le fantôme de la rue Quincampoix

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On a beaucoup commenté la boutade d'Eric Cantona,qui a fait la une de l'actualité pendant quarante-huit heures. Sans vouloir l'avouer,les banquiers ont tremblé ; et c'est avec un lâche soulagement qu'ils ont déclaré à l'unisson que "l'opération Cantona avait fait psschit..."

Et pourtant,cette idée était une bulle de l'histoire,qui venait crever à la surface,avec ce fantôme de la rue Quincampoix immortalisé par Lesage dans Turcaret et par Paul Féval dans Le Bossu. Une bulle qui nous rappelait l'un des plus grands scandales de l'hstoire de France : la banqueroute de Law *

John Law,homme d'affaires écossais arrive en France en 1714. Il devient vite le chouchou du Régent, le duc d'Orléans qui dirige le pays car Louis XV est encore un enfant. Les finances du Royaume étant dans un état désastreux suite aux guerres ruineuses de Louis XIV,Law propose la création d'une banque privée,qui prend le nom de "Banque générale",et qui aura ses bureaux rue Quincampoix à Paris. La banque est un énorme succès et elle émet des billets,convertibles en or. Afin de gagner plus,Law crée la Compagnie d'Occident,pour les colonies françaises d'Amérique et du Sénégal,rapidement surnommée "Compagnie du Mississipi"...Son capital s'élève à 100 millions de livres,réparties en 200 000 actions payables en papier monnaie,comportant 4% de dividendes. C'est un succès et cette opération permet d'éponger 60 millions de livres de dette publique...La Banque générale devient Banque royale fin 1718,les billets étant désormais garantis par le roi. Tant et si bien que John Law a la mainmise sur l'ensemble du commerce extérieur et du système fiscal de la France,la dette de l'Etat étant remboursée par les actions de la Compagnie. Mais Law,grisé par son succès,va plus loin : il prête 1,2 milliards de livres à l'Etat,au taux de 3% laissant la spéculation naître et se développer...Mais la situation s'emballe,et Law se voit dans l'obligation d'interdire la possession de plus de 500 livres d'or par foyer. Mais rien n'y fait,et chacun cherche à échanger son papier contre de la monnaie métallique. Les grands du Royaume,le prince de Conti ou le duc de Bourbon,viennent en personne retirer de l'or rue Quincampoix,ce qui entraîne des émeutes. Le cours des actions chute,sans que Law parvienne à le contrôler...et le 17 juillet 1720,dix-sept morts sont ramassés suite aux émeutes devant la Banque. Le système de Law a vécu.

10% de la population française,soit environ 2 millions de personnes,ont été concernées. La France restera longtemps méfiante à l'égard du papier-monnaie ; ce qui aura pour conséquence la faible crédibilité des "assignats" sous la Révolution française.

En évoquant le "fantôme de la rue Quincampoix",Eric Cantona a agité l'une de nos vieilles peurs ancestrales. Mais le spectre de la banqueroute de l'Etat n'est plus aujourd'hui à l'ordre du jour. Seules,les victimes de la rapacité des spéculateurs sont les mêmes : les travailleurs et les pauvres gens.

* prononcer "lass"

NB / "Le système de Law" a fait l'objet de deux films de 75',réalisés par Claude de Givray en 1965,pour l'ORTF,dans la collection documentaire historique "Présence du passé" (de Jean Chérasse,Jean Mauduit et Bernard Revon)

Ces films doivent sans doute figurer dans le catalogue de l'Institut National de l'Audiovisuel

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