Le jour où le destin tragique de la Commune a été scellé

C'était un lundi de Pâques, primidi 21 germinal an 79 (10 avril 1871), une délégation de francs-maçons est reçue à Versailles par deux ministres fm du gouvernement, Jules Simon et Pouyer-Quertier, qui notifient la décision irrévocable d'Adolphe Thiers de ne pas traiter avec "un pouvoir insurrectionnel" l'Assemblée s'apprêtant à voter "une loi municipale de nature à satisfaire Paris"...

...ce qui est un énorme mensonge car le projet en question aggrave la tutelle de l'Etat sur la gestion de la capitale en limitant son autonomie aux problèmes de la voirie, du nettoyage et de l'éclairage !

En réalité, le choix de l'affrontement militaire avait déjà été acté dans la mesure où Adolphe Thiers avait négocié avec Bismarck le retour massif des soldats prisonniers de guerre, d'origine essentiellement rurale, qui allaient constituer à Versailles l'armée de la répression.

Malgré la démarche sympathique et désespérée de la franc-maçonnerie parisienne, on peut raisonnablement estimer que le sort tragique de la Commune de Paris est d'ores et déjà scellé, ce jour-là, où paradoxalement, l'un des meilleurs chefs militaires des Fédérés, Dombrowski, réussit à refouler "les pantalons rouges" et à réoccuper Asnières...

En cette 24e journée "immortelle" le JO de la Commune publie un texte d'Henri Bellenger, intitulé "Le peuple est bon" car "il a le droit pour lui, il est la force. Mais longtemps encore, il restera dupe et victime car, dans le combat de chaque jour qui est la vie, il se laisse prendre à tous les lacs va donner tête baissée, dans tous les pièges. Il est bon jusqu'à la naïveté, jusqu'à l'abnégation, jusqu'à la folie. Son grand coeur bat à l'unisson de tout ce qui émeut ou passionne...Vous le savez bien, ô gouvernants, le peuple est bon !"

Cette magnifique déclaration d'amour humaniste est évidemment partagée par deux hommes qui rejoignent ce jour-là aussi, le combat communeux : le peintre Gustave Courbet et l'officier Louis Rossel.

Courbet va bientôt être élu à la présidence de la Fédération des artistes avant de rejoindre le Conseil de la Commune où il introduira l'idée neuve d'une politique culturelles et artistique, qu'il nommera le luxe communal, à la libre disposition des classes populaires.

Rossel, polytechnicien, colonel du génie, viendra (malheureusement trop tard) organiser en cohorte défensive, les bataillons de la Garde nationale mais sa formation militaire classique sera vite incompatible avec cette forme de guérilla urbaine, qui s'imposera dans les combats autour des fortifications enserrant la capitale.

Après le 10 avril 1871, la saga communeuse sera partagée entre la volonté de créer un monde nouveau et le désir de sa propre survie !

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