Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

2603 Billets

2 Éditions

Billet de blog 10 avril 2023

Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

Le printemps des peuples

Pour présenter la suite du pamphlet de Raoul Vaneigem, j'ai repris pour mon intitulé, la formule consacrée que cite mon ami Max Angel dans son commentaire à propos de mon billet précédent...

Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Les mobilisations visant à améliorer les conditions de survie n'ont pas disparu mais elles ne suffisent plus, tout simplement. Elles sont dépassées. C'est pourquoi, telle une musique du vivant en quête d'harmonie, le sentiment d' "être là" s'est propagé irrésistiblement. Au départ d'une poignée de "rustauds acculturés", il a atteint à la dimension d'un peuple universel, qui n'a plus besoin de gilets, de couleurs, de mots d'ordre pour affirmer et affiner sa détermination.

Ce peuple n'est investi d'aucune mission, il n'a aucune prétention eschatologique. Il a soudain conscience d'assumer la présence massive d'êtres dont la vie a été usurpée, pour qui l'autonomie était un leurre et l'humanité un mot dénué de sens. Une vague sans cesse renaissante le délave de l'indignité à laquelle il avait été condamné. Il a entrepris de recouvrer une liberté naturelle, qui n'est rien d'autre que la pulsion vitale présente en toutes et tous.

La lutte des classes a été la forme historique qu'a revêtue, à l'époque du capitalisme industrialisé, la volonté d'émancipation que les esclaves ont toujours érigée contre les maîtres.

La lutte des classes est inséparable de la conscience de classe qui donne au prolétaire les armes nécessaires pour s'affranchir de la prolétarisation. La bureaucratisation du mouvement ouvrier et la colonisation consumériste n'ont abouti qu'en apparence à la liquidation du prolétariat et de son projet d'une société sans classes.

Dans les insurrections de la vie quotidienne s'incarnent aujourd'hui les libertés égalitaires auxquelles les esclaves n'eurent jamais le bonheur d'accéder.

 Or voici que le joug des maîtres, qui leur brisait les reins, se délite. Il ne résiste plus à l'implosion du système marchand, à l'effritement du Pouvoir, à la déchéance de l'autorité, au débridement de l'argent fou. Un monde s'écroule, qui était dévolu à la mort. c'est à nous de l'évacuer en éradiquant le culte de la charogne.

Créer et multiplier partout nos oasis devient le seul choix à mesure que la paupérisation progresse, annonçant à petit pas les pillages de supermarchés, le sabotage des machines à payer, le feu bouté aux centres d'impôts, le grand bûcher des factures. Que le Pouvoir des possédants assume l'incendie qu'il a déclenché ! Quant à nous, qui ne désirons que les feux de la vie, nous accueillons avec un réalisme placide un constat qui joue en notre faveur : la quantité d'avoir, qui définit la survie, cède la place à la qualité de l'être qui fonde la vie. 

En d'autres termes, la société marchande s'effondre, laissant à la société humaine le soin d'évacuer les décombres."

A suivre

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.