Trump-l'oeil

Après l'assommoir que constitue l'élection du milliardaire américain, il faut examiner l'état des lieux en analysant les racines du mal...

Je n'ajouterai pas une glose supplémentaire à toutes les jactances des "experts" en histoire des Etats-Unis, mais je souhaite faire part de la simple analyse de la situation par un observateur de bon sens.

Cette élection était largement prévisible compte tenu de la fracture sociale qui a frappé le corps électoral américain et qui a été révélée par les scores étonnants de Bernie Sanders ; une fraction de l'électorat démocrate a rejeté la candidature d'Hillary Clinton parce qu'elle est apparue dans sa cruelle réalité politique, une candidature technocratique au service des multi-nationales.

Alors, même si on peut considérer que Madame Clinton est majoritaire en voix des suffrages exprimés par toute la population, elle a néanmoins perdu les Etats clés par la défection de toutes celles et de tous ceux qui avaient voté pour Obama il y a huit ans, cette frange populaire américaine qui subit les rigueurs de la lutte des classes, particulièrement exacerbée dans la patrie du capitalisme.

Quant à Donald Trump, il a fort habilement profité de la sociologie électorale en jouant sur les peurs, le nationalisme américain, le basisme macho et raciste des gros bras à casquette, et l'impopularité de son adversaire, image négative de l'establishment honni, pris comme bouc émissaire du mal-vivre américain.

Kornaké par les élus républicains qui sont loin d'être à l'unisson de ses projets intempestifs, le nouveau président va devoir naviguer à vue, au coup par coup et il va se trouver ainsi, tout milliardaire qu'il est, aux prises avec les machoires de fer du capitalisme mondial financiarisé : il semble avoir le cuir épais mais je ne suis pas certain qu'il sortira indemne des arnaques boursières.

En réalité, projetée sur la longue durée ( les dix ans qui viennent compte tenu de l'accélération de l'histoire), la vague populiste ne me semble être qu'un phénomène passager, éphémère, une maladie infantile du néolibéralisme.

Le peuple reprendra ses droits et rangera au placard des accessoires d'Hallowen, tous ces loups-garous qui veulent dévorer la démocratie.

..." Mais, si les corbeaux, les vautours, / Un de ces matins, disparaissent, / Le soleil brillera toujours !"*

* derniers vers de la sixième strophe de l'Internationale d'Eugène Pottier (juin 1871)

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