Vingt-six ans après le sinistre Congrès de Rennes du parti socialiste, les deux adversaires irréconciliables de l'après-mitterrandisme, Laurent Fabius et Lionel Jospin vont se retouver en tête à tête dans le huis clos du Conseil Constitutionnel, sous l'oeil goguenard des anciens présidents de la République qui viennent y sièger en baillant...
Pour mieux apprécier la saveur particulière de la situation, il faut se rappeler qu'en mars 1990, les atrides socialistes s'étant déchirés au cours de leur fête de famille traditionnelle, deux motions s'étaient disputées le leadership du parti : celle de Lionel Jospin (motion 1) avec 28,94% des voix l'avait emporté d'un cheveu sur celle de Laurent Fabius (motion 5) qui avait réuni 28,84% des militants.
Aujourd'hui, Laurent Fabius prend sa revanche sur Lionel Jospin puisqu'il vient d'être nommé Président de cette instance suprême dont Jospin n'est qu'un simple membre. Tel a été le fait d'un monarque républicain qui n'était, à l'époque du Congrès de Rennes, qu'un simple militant* mais qui allait bientôt faire une carrière d'apparatchik dans "la vieille maison".
Avec mon ami Bertrand Tavernier, j'avais été invité à assister aux travaux de ce Congrès sur lequel nous devions réaliser un court sujet pour PBS (la télévision publique américaine) ; arrivés à Rennes avec une certaine dose de scepticisme mais d'excellente humeur, nous fumes surpris - et même choqués - par la violence des affrontements de ce forum qui s'était vite transformé en guerre de tranchée plutôt qu'en débat démocratique.
Devant ce spectacle désolant, nous décidâmes de renoncer à filmer quoi que ce soit afin de ne pas être les artisans complices de la diffusion d'images honteuses pour notre pays à l'étranger.
Coup de torchon !
* adjoint au Maire de Tulle, il a voté au Congrès pour la motion 1