Ayant en son temps âprement critiqué la série "Apocalypse" pour sa prétention et son racolage,je viens aujourd'hui saluer la réussite des émissions intitulées "Afrique(s)". Non qu'elles soient exemptes de défaut,mais à en juger par ce premier volet,diffusée dimanche 10 octobre sur France 5,l'oeuvre semble parcourue par le souffle démystificateur de la réalité historique. Et en matière de colonisation,nous pouvions craindre le pire après le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar...
La réussite d'"Afrique(s)" est avant tout celle d'Alain Ferrari,réalisateur intelligent et imagier astucieux. Son talent est ici valorisé par son fils Olivier,avec un montage efficace et élégant ; et je n'oublie pas enfin le jeune producteur Tancrède Ramonet,qui a su manager cet énorme projet en trouvant des archives rares et des grands témoins signifiants.
Cet essai appelle néanmoins quelques remarques :
a) pour la bonne compréhension du sujet,il eût fallu des prolégomènes ou du moins un prologue où l'on aurait défini le "colonialisme" comme un fruit (vénéneux) du siècle des "lumières". De l'abbé Raynal et des encyclopédistes.
b) l'expansion coloniale au XIXe siècle avait été déterminée par deux exigences parallèles : l'évangélisation des populations "arriérées" et le programme d'éducation universelle de Jules Ferry.
c) la lisibilité du film aurait été améliorée s'il ne s'était pas contenté de dresser un catalogue de l'histoire des territoires mais si la construction adoptée avait été thématique. On aurait mieux compris la similitude des procédés de colonisation et l'originalité de certaines réactions,notamment l'histoire exemplaire de l'Ethiopie.
Cela étant,cette nouvelle série a le mérite de respecter les archives (pas de colorisation commerciale !) et de conjuguer avec brio les images fixes et mobiles, d'organiser un va et vient fécond entre le passé et le présent. Voilà enfin,un documentaire historique où l'Histoire ne se donne pas en spectacle. Un essai qui renoue avec l'anticolonialisme du sulfureux court métrage d'Alain Resnais et Chris Marker "Les statues meurent aussi".Une opération digne du service public de la télévision française.
NB/ pourquoi baptiser "débat" cette table-ronde insipide qui a suivi la diffusion du film,et qui n'avait aucun rapport avec lui ?