Europe des régions ou conglomérat de nations ?

Pour Emmanuel Todd dont le dernier livre a fait l'objet de mon précédent billet, la revendication identitaire catalane peut s'expliquer par une société qui a été organisée autour de la famille-souche ; l'aîné des garçons se réservant l'héritage. Ces principes d'autorité et d'inégalité déterminent de fortes revendications identitaires, comme en Ecosse, dans l'Italie du Nord ou en Suisse alémanique.

Mais si le point de vue anthropologiste est fort intéressant et doit être pris en compte, l'analyse des événements historiques ne doit pas être négligée car elle permet sans aucun doute, de mieux comprendre la réalité complexe et diffuse de la situation présente.

Car le passé de la province catalane foisonne de péripéties guerrières déterminées par la richesse de cette région-phare dont le grand port de Barcelone aurait pu devenir la capitale du royaume d'Espagne si l'union de l'Aragon et de la Castille ne lui avait pas fait perdre cette prérogative. Madrid ayant été choisie, ce déclin encouragea les sentiments particularistes des Catalans qui se tournèrent alors vers le royaume de France. Mais Barcelone fit retour à l'Espagne avec la Catalogne en 1659, au traité des Pyrénées.

Au XVIIIe siècle, le tropisme indépendantiste des Catalans continue à être exacerbé, même s'ils semblent renoncer à leurs velléités autonomistes après le siège éprouvant que subit Barcelone en 1714. Mais au XXe siècle, on assiste à la résurgence de l'indépendantisme avec la victoire de la Lliga regionalista en 1901 et, surtout, la création d'une Généralité de Catalogne autonome en 1932.

Pendant les quatre années de l'atroce guerre civile, les Catalans seront le fer de lance du combat contre les nationalistes de Franco, avec l'active participation des anarchistes (collaborant avec le POUM), qui donneront du fil à retordre aux brigades internationales communistes engagées  aux côtés des républicains espagnols.

La mémoire historique de cet affrontement est toujours vivace mais elle ne peut motiver à elle seule le soulèvement catalan, qui est en quelque sorte une rébellion contre la politique du gouvernement de Madrid, asservi par les directives européennes, la rigueur budgétaire et la pression fiscale qui pénalise le PIB de la région de 10 à 16 milliards €...

D'où comme les Bonnets rouges bretons, une révolte face au nouvel ordre européen relayé passivement par Madrid. Cette insoumission est légitime car depuis 1988, l'UE n'a rien réalisé d'autre que la monnaie unique, une déréglementation tatillonne et l'ouverture risquée des marchés à la mondialisation.

Car l'Union Européene n'est en réalité qu'une "société anonyme" des oligarchies.

Alors, ne vaut-il pas mieux être régional pour rester debout ?

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