"Les honnêtes gens",cette expression du colonel comte de Meffray*,est le thème central d'un essai magistral d'Henri Guillemin,intitulé "Nationalistes et nationaux (1870-1940)",paru dans la collection "idées" chez Gallimard en 1974. En effet,l'écrivain-historien (condisciple de Sartre à Normale sup) analyse l'évolution du comportement des classes possédantes pendant soixante-dix ans,de la Commune de Paris à la prise du pouvoir par Philippe Pétain. Et cette analyse,qui complète bien le travail de René Rémond sur l'histoire des droites,est parfaitement éclairante. Elle nous permet,en particulier,de mieux cerner ce "parti de privilégiés" qu'est l'UMP,objet d'une étude fort intéressante de Jean-Claude Pacitto,enseignant-chercheur à l'Université Paris-Est.
Ayant succédé au RPR,mais recentré autour de la personnalité de Nicolas Sarkozy,l'UMP apparaît à la fois comme le parti des privilégiés,mais aussi comme un parti coupé des réalités. "Lorsqu'on écoute ses principaux dirigeants,on est frappé par la tonalité généraliste des propos où l'on se réfugie volontiers derrière des termes commodes,comme la réforme,pour masquer,la plupart du temps,une incapacité à comprendre une réalité sociale difficile. On se projette le plus souvent dans l'avenir,alors que pour des millions de Français les difficultés économiques sont quotidiennes et à trés court terme."
On est donc loin du versant social et populaire du bonapartisme incarné par le RPR. Aujourd'hui,"les honnêtes gens" se tiennent serrés autour de leur Président,qui est en même temps Président de la République. Mais "les logiques courtisanes préparent rarement à affronter les crises. Ces logiques sont à l'oeuvre dans tous les partis mais,à l'UMP,elles sont poussées à leur paroxysme." Confrontées à la tempête d'impopularité de Nicolas Sarkozy,les classes possédantes et leur satellites des professions du commerce,résisteront-elles au vent populaire et purificateur qui ne manquera pas de se lever en 2012 ?
Le Président des "honnêtes gens", a tort de manifester son autosatisfaction après avoir promulgué la loi sur la réforme des retraites : on ne change pas la société par décrets.
Le 9 novembre,afin de récupérer l'image glorieuse du général de Gaulle, Nicolas Sarkozy a prononcé à Colombey un discours de circonstance peaufiné par Henri Guaino. Aujourd'hui 11 novembre,il aurait pu aller à Verdun pour rendre hommage à un homme dont il est aussi le lointain successeur sinon l'héritier pervers : le Maréchal des "honnêtes gens",Philippe Pétain.
* "Les fautes de la défense de Paris",1871 par le Colonel comte de Meffray