Dans un remarquable ouvrage,intitulé "Henri Frenay,de la Résistance à l'Europe"*,l'historien Robert Belot analyse de manière pertinente et approfondie les raisons pour lesquelles les Résistants à l'occupant nazi ont rêvé d'une Europe solidaire après la libération...
"La guerre et la résistance des nations opprimées ont prouvé,s'il en avait été besoin,l'étroite interdépendance des peuples épris de liberté. La paix ne sera gagnée que par le renforcement de la solidarité internationale et de la sécurité collective...C'est une force internationale nouvelle que nous devons créer pour résoudre les problèmes modernes à leur échelle,c'est à dire à l'échelle du monde : c'est l'heure de la solidarité des peuples."
Ce "rêve d'Europe" était apparu trés tôt chez Henri Frenay qui l'avait formulé avec sa compagne Berty Albrecht,fin 1941,au moment de la création du mouvement "Combat",devenu ensuite le principal mouvement de Résistance en zone non occupée.
"L'évolution historique du monde tend à l'élargissement constant des frontières politiques et économiques. Le résultat minimum de la guerre doit être l'instauration d'une Europe,politiquement,économiquement,et spirituellement unie,étape vers l'unité mondiale."
Et,un an après,"Combat" publiera dans son journal clandestin,un nouveau manifeste où est citée pour la première fois cette expression que Winston Churchill reprendra à son compte : "Les Etats-Unis d'Europe,étape vers l'unité mondiale,seront bientôt une réalité vivante pour laquelle nous combattrons." Frenay se heurtera inévitablement au souverainisme du général de Gaulle et s'engagera dans une action militante fédéraliste, qui restera un voeu pieux européen.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce grand rêve de "l'inventeur de la Résistance"** ? Un marché commun,un agrégat de nations sans frontières,une zone qui bénéficie d'une monnaie unique,l'euro. Bref,une Europe du fric assortie de timides avancées en matière d'éducation et de recherche...Il est donc logique que des tiraillements se produisent à des moments de crise économique et financière car les pays riches ne veulent pas payer pour les pauvres. En fait,soixante-cinq après la deuxième guerre mondiale,il n'y a toujours pas d'Europe. Il n'y a donc pas de solidarité. Tout le reste n'est que bla bla,palinodies et enfumage. Et cela coûte cher au contribuable.
* paru aux éditions du Seuil,collection UH,mars 2003
** selon le titre du film qui lui a été consacré par France 5