...et la réponse était éclairante : "Monsieur Adolphe Thiers a traité le peuple de vile multitude pour esquiver le jugement sévère que le peuple doit prononcer contre lui..."
Bellegarrigue ne se trompait pas de cible puisque vingt ans après avoir été épinglé par l'almanach en question, celui qui fut le deuxième président de la République française exerça sa vindicte anti-populaire en suscitant puis en organisant le sanglant massacre de la Commune de Paris.*
Il s'agissait donc du "nain sanglant", comme le surnomma Marx. Un ignoble politicien dont le nom déshonore encore bien des rues et des avenues en France, et qui figure toujours au frontispice d'un lycée de Marseille.
Aujourd'hui où le mot "foule" s'est substitué à "vile multitude", le mépris du pouvoir des élites bourgeoises vis à vis de la protestation massive de la rue contre l'inique projet de réforme des retraites, s'exprime en toutes occasions en bafouant l'esprit de la vie démocratique de notre société.
Et pourtant 172 années ont passé depuis "L'almanach de la vile multitude" d'Anatole Leray.
La République a-t-elle encore un sens ?
* il s'était fait la main en 1834 en réprimant sauvagement l'émeute parisienne de la rue Transnonain