... je l'avais rencontré au début des années cinquante lorsque la guerre des ciné-clubs du quartier latin faisait rage* et je m'étais étonné de l' acharnement de la petite bande dont il faisait partie, qui proclamait que "la plus mauvaise scène de n'importe quel film américain était bien meilleure que la meilleure séquence d'un film français !"...
Puis je l'ai revu en 1966 lorsqu'il accepta de participer à un volet de ma série documentaire prospective, intitulée "La France dans vingt ans"**, pour l'émission consacrée à l'esthétique. Il y développa une théorie (qui me paru un tantinet fumeuse) sur la sémantique cinématographique et l'irréversible mutation du langage...
J'ai vu la plupart de ses films dont j'apprécie l'anticonformisme, et dont j'aime l'insolence.
Et je considère que son parcours cinématographique est beaucoup plus intéressant voire bien plus jubilatoire que celui de François Truffaut qui s'est peu à peu englué dans l'académisme, mais si son activisme de la recherche d'une expression audiovisuelle totale et dénuée de poncifs est tout à fait louable et génératrice d'originalité, il n'en reste pas moins que la confusion mentale où il se complaisait a obéré un certain nombre de ses fictions en les rendant non lisibles ou peu signifiantes.
"Le cinéma, c'est vingt-quatre fois la vérité par seconde", disait Jean-Luc Godard. C'est pourquoi je lui ai dédié mon émission sur le cinéma diffusée par France Inter en janvier 1969, qui était intitulée "24 images/seconde".
Il aurait pu être le héraut d'un cinéma de rébellion : dommage qu'il n'ait pas utilisé sa caméra pour subvertir la société du spectacle.
Et pour contribuer à l'émancipation sociale !
* le CCQL (ciné-club du quartier latin) de Frédéric Froeschel, plus ou moins piloté à droite par la Fac de Droit
le CCU (ciné-club universitaire) animé par les étudiants de l'IDHEC, classé à gauche
** une collection produite par Jean-Michel Royer et moi-même