Jean-Marie Houdoux

Il est pratiquement inconnu du grand public mais tous ceux qui furent victimes de l'épuration de l'ORTF en juin-juillet 1968 ne l'ont pas oublié.Moins créatif que Jean Frapat auquel Antoine Perraud rend par ailleurs un juste hommage, Jean-Marie Houdoux fut à la fois un concepteur d'émissions et un manager multiculturel.*

Il est pratiquement inconnu du grand public mais tous ceux qui furent victimes de l'épuration de l'ORTF en juin-juillet 1968 ne l'ont pas oublié.

Moins créatif que Jean Frapat auquel Antoine Perraud rend par ailleurs un juste hommage, Jean-Marie Houdoux fut à la fois un concepteur d'émissions et un manager multiculturel.*

On lui doit en particulier ces fleurons des programmes de France Inter que furent "Radioscopie" (Jacques Chancel) et le "Pop-Club" (José Artur).

Nos routes s'étaient croisées au début de 1969 lorsqu'ayant été viré de la télévision, on m'avait recasé à la radio où je créais une soirée cinéma sous le titre "Vingt-quatre images/seconde". 

Dépassant le cadre d'un simple compte-rendu de l'actualité, j'avais essayé de faire une émission promotionnelle et dynamique en faisant un large appel aux auditeurs et en m'appuyant sur une petite salle de cinéma classée "art et essai", le Studio 28 à Montmartre, où on testait chaque semaine, en avant-première, les films que nous avions décidé de soutenir : ce fût l'origine des "films Inter".

Passionné par cette initiative, Houdoux me proposa d'élargir mon action en lui adjoignant un support de presse. C'est ainsi que je récupérais un vieux magazine tout mité qui ne tenait encore que par l'appât de ses couvertures montrant des actrices en maillot de bain : Cinémonde.

Ce fût une véritable galère pour transformer ce torchon people en revue cinématographique, mais au bout de dix-huit mois renaissait ce magazine sous le titre de "Nouveau Cinémonde". Avec un aréopage critique de premier ordre : Michel Cournot, Guy Braucourt, Michel Grisolia et André S.Labarthe. Et une rédactrice en chef formidable, Guylaine Guidez, qui venait de l'AFP.

Notre heure de gloire fût la visite d'Henri Langlois, escorté de Marie Epstein et de Lotte Eisner. Le père de la Cinémathèque française mit le nez dans les riches archives du journal et nous encouragea à poursuivre notre croisade cinéphile.

Malheureusement le groupe Ventillard qui nous éditait, n'avait qu'un seul but : faire monter le tirage du magazine afin de revendre le titre avec un maximum de profit. Et c'est ce qui finit par arriver puisque Télé 7 Jours qui était à la recherche d'un bassin d'archives sur les films du répertoire, racheta le magazine et licencia illico son équipe rédactionnelle.

Voilà, cher Jean-Marie, nous avions été bien naïfs mais tu nous avais permis de guerroyer un moment contre les turpitudes du commerce, contre la peopolisation et contre le crétinisme...

Clap de fin.

Jean A.Chérasse

 * il fut le premier directeur de la promotion de Radio-France

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