La lettre et le néant

Surfant sur toutes les plaies dont souffre la société française des classes défavorisées, Emmanuel Macron se fend d'une longue bafouille qui se contente de poser des questions pour ce qu'il appelle improprement «le grand débat national»...

On voudrait "noyer le poisson" que l'on ne s'y prendrait pas autrement...

Car on ne peut décemment demander aux Françaises et aux Français s'ils préfèrent être heureux ou malheureux, et aussi de se prononcer sur "la couleur du panache blanc d'Henri IV" !

Hormis la question des quotas d'immigrés, la lettre présidentielle navigue dans l'écume de cette république bourgeoise, qui est devenue le pré carré des nantis dont les affidés sont des technocrates conformistes et bien-pensants.

C'est pourquoi elle n'est en aucun cas dérangeante : elle est le bouclier suprême d'une politique entièrement basée sur les vertus de la communication.

D'ailleurs, la plupart des sujets qui fâchent en ont été retirés : l'ISF, l'augmentation du SMIC, l'indexation des pensions de retraites sur le coût de la vie, le recours au véritable référendum d'initiative citoyenne pour retirer son mandat à un élu ayant trahi ses engagements, etc...

Six pages pour tenter d'endiguer cette marée jaune qui n'en finit plus de venir menacer les privilèges des "honnêtes gens" !

Six pages constituant le chant du cygne d'un pouvoir aux abois...un "grand débat" qui est a priori un débat fermé.

Que les mânes de Sartre me pardonnent d'avoir paraphrasé le titre de son ouvrage fondamental.

Il faut bien reconnaître que "l'existence précède l'essence".

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