La retraite par répartition est-elle pétainiste?

Afin de justifier le bien-fondé du système de retraite pas points, les «honnêtes gens»s'efforcent de plomber la retraite par répartition en affirmant qu'elle est un fruit vénéneux du régime de Vichy...

... et pour cela, on exhume une archive des "Actualités françaises" de 1941, avec le discours chevrotant du chef de l'Etat exaltant "la solidarité intergénérationnelle des Français", qui a conduit le gouvernement de Vichy à ce qu'ils puissent témoigner de "leur sollicitude envers les vieillards, plus frappés que les autres, par la dureté des temps présents !"

D'abord, il s'agit d'un décret-loi du 14 mars 1941, intitulé "allocation aux vieux travailleurs salariés" et non pas de l'instauration d'un régime de retraites. Ensuite, lorsqu'on examine attentivement ce document qui comporte 23 articles, on s'aperçoit vite qu'il est conjoncturel et qu'il a été conçu essentiellement pour faire face à la situation consécutive à la grave carence de main d'oeuvre dont souffre la France occupée, privée de plus d'un million et demi de travailleurs, ces prisonniers de guerre qui sont le plus souvent, les oubliés de l'histoire.*

Cette loi, sans doute écrite par le ministre du Travail René Belin (ancien cadre de la CGT converti au pétainisme) et ses deux collaborateurs Pierre Laroque et Alexandre Parodi, ne sera appliquée qu'en zone sud, au titre d'un "minimum vieillesse", qui sera chichement distribué par les Mairies.

Par contre, à la Libération, Jean Chaintron** confiera à Ambroise Croizat (conseillé par Laroque et Parodi devenus Résistants) le soin d'élaborer un système général de retraites par répartition tenant compte de la diversité des carrières et de la pénibilité des tâches : ce travail, adoubé par le C.N.R., fut codifié par la loi du 22 mai 1946, une loi qui a tenu la route depuis lors et qu'il suffisait d'aménager pour qu'elle soit conforme à l'évolution du marché du travail.

Cela étant, il faut rappeler que le souci de créer un viatique de sortie de la vie active pour les masses laborieuses est présent tout au long du XIXe siècle, avec les canuts en 1832 comme chez Proudhon, mais aussi et surtout dans les projets proposés et discutés aux congrès de l'Internationale.

La retraite par répartition est en fait, une généreuse facette de cette fraternité dont le mot orne tous les frontons des édifices publics où il est précédé de liberté et d'égalité.

* "cf "Les captifs de l'an quarante" un téléfilm jamais rediffusé (INA, 1985)

** directeur de cabinet de Maurice Thorez, Ministre d'Etat du deuxième gouvernement du général de Gaulle

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