LES 72 IMMORTELLES ou la fraternité sans rivages

Ce 1747e billet qui marque le 9e anniversaire du blog "vingtras" est la présentation en avant-première, d'un livre né du désarroi de la gauche après l'échec de Ségolène Royal, et de l'émergence de Mediapart. Il me semble donc opportun qu'il soit mis en vente samedi prochain 17 Mars lors de la fête du 10e anniversaire de notre journal en ligne, à la librairie du "104", Ecuries Nord - niveau 1. ***

En 2009, atteints de la "maladie de Sarko", nous étions nombreux à nous exprimer comme l'avait fait Guy Debord en 1953* : "Tout programme révolutionnaire devra d'abord s'aligner sur une certaine idée du bonheur opposée aux étouffantes valeurs du présent, garanties par une société de prisons." Autrement dit, il ne suffit plus de s'indigner, non seulement il ne faut rien lâcher mais il faut se révolter...

Ainsi, ai-je décidé de consacrer les dernières années qui me restent à vivre, à faire table rase de la politique politicienne et du militantisme obsolète et inutile pour me replonger dans les sources des grandes heures de l'émancipation humaine. 

A l'instar de l'équipe de Mediapart qui fonctionne sur le mot d'ordre "investigation", je me suis souvenu que mes maîtres de l'école des Annales m'ont inculqué la priorité heuristique de l'historien, prolégomène à toute tentative sérieuse d'analyse. Par ailleurs, ma fructueuse collaboration avec Henri Guillemin** m'a conduit à lui promettre d'écrire un essai sur la Commune de Paris 1871, en valorisant notamment mes archives familiales. Ce sera aussi une manière de justifier le choix de mon pseudonyme, le nom du héros de la célébre trilogie de Jules Vallès, mais avec un v minuscule. Me voilà donc un  journaliste de l'investigation du passé...

"Les 72 Immortelles", qui va être publié en deux parties par les éditions du Croquant, est donc le résultat de cette conjonction, le premier volume étant le récit éphéméride des 72 jours et 72 nuits de la Commune, du 18 Mars au 28 Mai 1871 basé sur toutes les archives accessibles ainsi que sur les traces anonymes, le second rappelant d'abord que cette "révolution communaliste" était issue d'un engrenage économique, social et finalement patriotique avec l'absurde guerre franco-prussienne. Et puis il décodera le message original de ce phosphène messianique qui en fait encore aujourd'hui, un objet  historique mal identifié, honni par les "honnêtes gens" mais aussi victime d'un hold-up mémoriel par le lénino-stalinisme.

Au cours de cette brûlure de l'Histoire, tout ce que nous connaissons en 2018, près d'un siècle et demi après, a été réalisé, projeté, formulé ou imaginé : de la séparation de l'Eglise et de l'Etat au droit de vote des femmes et à leur juste rémunération, de l'autogestion coopérative à l'administration des "communs", de la liberté individuelle à la fraternité universelle, de l'accès gratuit et sans discrimination au savoir et à la culture, etc...bref, la Commune a été l'ébauche d'un ordre libertaire, dans le cadre d'une véritable démocratie sociale.

Dans notre époque de désespérance où les héritiers des Versaillais tiennent toujours le haut du pavé, il faut observer les trois révolutions du XIXe siècle : celle de 1830, pour recouvrer la liberté confisquée par Charles X, celle de 1848, pour l'égalité après les goinfreries des nantis sous Louis-Philippe, et celle de 1871 où on a pris le risque de mourir... au nom de la fraternité !

Ces trois révolutions scellent dans le sang des exploités et des opprimés, la devise sacrée de la république. Oui, mais de quelle république s'agit-il avec la Ve ? d'un régime qui tourne le dos à sa devise ? d'une république devenue une monarchie déguisée ?

Pourtant le sacrifice des Communeuses et des Communeux n'a pas été vain. 

On les a massacrés, mais les Fédérés sont des idées et elles sont immortelles****.

En tout cas c'est ce qu'écrivait Eugène Pottier en juin 1871, dans sa planque de Montmartre :

"C'est la lutte finale / Groupons-nous et demain

  l'Internationale / Sera le genre humain !"

  Vingtras (alias Jean A.Chérasse)

  contact@éditions-croquant.org

* "Pour en finir avec le confort nihiliste"

** à l'occasion du film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" (prix Méliès 1975)

*** le rendez-vous est à 15 heures 30

**** "l'immortelle" est la fleur de la république

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