Du passé faut-il vraiment faire table rase ? Pour ceux qui commencent à me connaître par le truchement de mes billets,ma réponse est évidente. Et pourtant, si je fais chorus avec "l'internationale" pour combattre l'exploitation de l'homme par l'homme,je ne peux que m'interroger sur le poids du passé dans nos grandes interrogations du présent. Ainsi avec l'escale d'Antalaya,station balnéaire turque qui donna à Bernard Brigouleix le sujet de son édito dans le journal de bord de la croisière.
La Turquie et l'Europe. "Sans remonter à l'Empire ottoman,ni même à l'évident tropisme européen d'Atatürk,c'est une question récurrente,et plus ancienne qu'on ne le croit généralement : dès 1961,De Gaulle avait évoqué avec Ismet Inönu la vocation de la Turquie à rejoindre un jour une Europe qui n'était encore que celle des six."
Ce qui est remarquable dans le dilemme de cette adhésion,c'est le fait que ses adversaires et ses partisans tirent des conclusions opposées des mêmes arguments ! Un grand pays musulman doté d'un état laïc dont les frontières comportent des voisinages encombrants : est-ce un danger pour l'Europe ou une interface providentielle ?
"On n'a pas fini d'en débattre. Et Ankara doit s'attendre à recevoir pour un certain temps encore de ces signaux contradictoires par quoi l'Europe des Vingt-Sept manifeste périodiquement qu'elle a décidément du mal à se définir un avenir politique fort,et surtout,à le faire d'une seule voix."
En Turquie,le passé à ciel ouvert peut témoigner avec les sites de Pergé et Aspendos de la puissance de civilisations issues de plusieurs couches "géologiques" : remparts des Séleucides grecs,portes de ville héllénistiques et romaines,thermes romains et basilique byzantine. Elle est donc partie intégrante de la Méditerranée. La Turquie en Europe ? Laissons répondre Fernand Braudel :
"L'histoire n'est pas autre chose qu'une constante interrogation des temps révolus au nom des problèmes et curiosités - et même des inquiétudes et des angoisses - du temps présent qui nous entoure et nous assiège. Plus qu'aucun autre univers des hommes,la Méditerranée en est la preuve,elle ne cesse de se raconter elle-même,de se revivre elle-même. Par plaisir sans doute,non moins par nécessité. Avoir été,c'est une condition pour être."