Le solidarisme

Ce mot, prononcé par le Président des trop riches dans un discours sur la charité publique qui dénonce le "pognon de dingue" jeté aux impécunieux, aux chômeurs et aux gueux pour qu'ils conservent un peu de force de travail, est en réalité une idée communeuse, récupérée, déformée et dévoyée.

Car il s'agit bien d'une initiative du "Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris", cette matrice du Conseil de la Commune de Paris, qui eut cette idée proudhonienne de mettre en oeuvre le mutuellisme.

En effet, lors du premier siège de la capitale par les Prussiens (septembre 1870 - fin janvier 1871), les délégués élus dans chaque arrondissement prirent vite conscience qu'on pouvait lutter avec efficacité contre la faim et le froid glacial en répartissant harmonieusement les ressources de la ville, certains quartiers riches donnant leurs surplus pour répondre aux besoins des quartiers en difficulté : le tout au nez et à la barbe d'un Maire incapable et impuissant, Jules Ferry, nommé par le gouvernement des autres Jules, qui allaient vendre et livrer Paris à Bismarck.

Ces travaux pratiques du mutuellisme allaient être poursuivis avec succès après le 26 mars 1871, comme je le rapporte dans le premier tome de mon essai sur la Commune, "Les 72 Immortelles" ou "la fraternité sans rivages".

Après l'écrasement de la Commune, la bourgeoisie républicaine s'efforçant de traiter les questions sociales afin de maintenir l'ordre, reprit quelques une des idées de "la canaille" afin d'organiser une charité publique laïque, qui ne serait plus exclusivement le domaine de l'église catholique.

Ainsi, un radical-socialiste Léon Bourgeois qui avait vécu (sans y participer) l'expérience communeuse, se fit-il le héraut du solidarisme, mais en détournant le projet d'une solidarité fraternelle de la base pour la mettre sous la tutelle de l'Etat.

Aujourd'hui où la république est corsetée par l'autocratisme, le "solidarisme" étatique est une aumône de la France d'en haut à la France d'en bas, afin qu'elle se tienne tranquille et vote convenablement.

Le mot de "solidarité" subit le sort du mot "fraternité" : ce sont des coquilles vides.

Ce sont aussi des paravents destinés à masquer l'inondation du calcul égoïste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.