Quelle liesse ?

Le tsunami du football qui vient de tout emporter sur son passage, célébration du 14 juillet, Marseillaise, feux d'artifices, tour de France cycliste, etc. avec son exaspération nationaliste festive, pose évidemment le problème de notre santé mentale dans un XXIe siècle fortement perturbé par les mutations du monde...

... mais je ne voudrais pas qu'on se méprenne sur l'esprit de ce billet. J'ai moi aussi regardé le match de Moscou et j'ai apprécié le spectacle donné par cette vaillante équipe croate qui, monopolisant le ballon, a sans cesse attaqué sans avoir la chance de concrétiser, et ces "bleus", calmes et professionnels, profitant de leur stratégie défensive pour valoriser leurs contre-attaques : une belle leçon de maîtrise collective.

De là à faire de cette péripétie sportive un événement national, se peinturlurer le visage et hurler sa joie d'être "champion du monde", il y a quelque chose qui m'échappe hormis le fait que ce jeu constitue un substitut* dans l'imaginaire des peuples, comme l'a bien analysé Jean-Claude Michéa.

D'ailleurs, ce phénomène a durablement existé au cours de l'histoire, depuis les "circenses" romains jusqu'aux "jeux olympiques" en passant par les tournois ou les joutes du Moyen-Age.

Mais il ne faudrait pas que le substitut devienne une pierre angulaire. Le pilier sur lequel tout pouvoir régalien peut compter afin de pouvoir exercer sa domination afin de réaliser ses desseins, même les plus noirs (les jeux olympiques de Berlin en 1936 n'ont-ils pas contribué à une large adhésion du peuple allemand au national-socialisme ?).

Dans cette "coupe du monde de football", il y a un grand gagnant : Emmanuel Macron.

En effet, qui pourra demain avoir l'outrecuidance de s'opposer au jeune président dynamique de "la France qui gagne" ?

La monarchie était "de droit divin" ; la monarchie républicaine relève désormais du droit du ballon rond.

Le néolibéralisme est validé par le foot.

* faites du foot, pas la guerre !

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