D'une manière générale, je n'attache pas beaucoup d'attention aux sondages mais celui que je vais citer, pratiqué par OpinionWay, me semble particulièrement intéressant : en effet, réalisé fin août sur un échantillon représentatif de la population, il révèle que 74% des Français pensent que les idées doivent venir des citoyens plutôt que des élus.
Dans les décombres du quinquenat et le paysage désolant de la vie publique, voilà enfin un peu d'air frais traversé par un rayon de soleil, avec cette prise de conscience qui marque une rupture avec le modèle politique traditionnel.
Ainsi la société française de 2015 aspire au changement, à un véritable changement qui exclut toute palinodie : elle souhaite que ceux et celles qui la représentent soient vraiment à leur écoute, et tiennent compte des besoins ainsi que des désirs des citoyens.
Car la société n'est plus la grande muette ; elle a considérablement évolué avec l'émergence des réseaux sociaux qui vont désormais peser de plus en plus lourd dans la communication politique. Internet a introduit le loup dans la bergerie des notables...La culture Web est en train d'être greffée sur la vie politique de la nation.
Aujourd'hui donc, les citoyennes et les citoyens revendiquent une volonté de pouvoir, en souhaitant être consultés un peu plus souvent qu'ils le sont à l'occasion de consultations électorales où ils n'ont bien souvent le choix qu'entre la carpe et le lapin !
La défiance à l'égard des politiciens s'est accrue parce qu'une large majorité des électeurs estime que leur volonté ne sera jamais prise en considération et que la "démocratie participative" n'est qu'un voeu pieux, réservé aux débats de Sciences-Po.
Il s'agit bien d'une révolution dont le germe date de quelque 253 ans, lorsque Jean-Jacques Rousseau nous a donnés "Le contrat social", cette oeuvre matricielle de la démocratie : "le souverain n'est formé que des particuliers qui le composent ; la souveraineté est donc la totalité concrète des individus". Chaque citoyen détient donc une part de la souveraineté du peuple.
Quel étonnant paradoxe d'assister ainsi à la résurgence de cette pensée majeure grâce au progrès technologique !
Il y eut pourtant un relais historique à cette prise de conscience collective : la lutte désespérée des Communeux en 1871 n'avait pas d'autre perspective que la création d'une république sociale et fraternelle, débarrassée des tyrannies, des hypocrisies et des égoïsmes d'appareils ; chaque élu doté d'un mandat impératif étant révocable à tout moment, s'il n'était pas le fidèle représentant de la volonté de ses électeurs.
Robespierre avait raison : "Rien ne saurait s'opposer au peuple souverain" !
Il vaut mieux avoir le nez dans son ordinateur que dans le ruisseau.
NB/ ce billet est dédié à mon amie Gavroche.