Mon ami Jean Collet

Une des plus atroces douleurs du vieillissement est sans doute le fait de voir disparaître, les unes après les autres, toutes les figures humaines qui nous ont accompagnées au long de notre existence : c'est pourquoi je pleure aujourd'hui la mort du professeur Jean Collet, qui a été l'un des plus remarquables cinéphiles de notre époque...

...nous nous étions connus il y a bien longtemps, au bon vieux temps des ciné-clubs, ces temples cinéphiliques où plusieurs générations  ont contracté la passion du 7e Art, qui ne les a jamais quittée.

Après une longue éclipse due à nos parcours professionnels, nous nous sommes retrouvés à l'INA (Institut national de l'audiovisuel) où nous avons partagé le même bureau pendant cinq à six ans, occupant l'un et l'autre la fonction de "Conseiller de programme".

Et nous sommes devenus partenaires et amis car ce fervent catholique a bien voulu admettre l'état de rébellion permanente du misérable athée que je suis. Mais il faut bien admettre que le trait d'union cinématographique est un lien suffisamment robuste pour résister à toutes les contradictions.

Après avoir acquis une licence de philo et suivi les cours de l'ETPC Louis Lumière, Jean Collet s'était lancé dans l'analyse des films et la critique dans le sillage d'André Bazin en participant à la fondation de Télérama,* puis en collaborant aux Cahiers du Cinéma, et enfin à la revue Etudes.

Cet inlassable animateur des ciné-clubs fut dans les années 50 et 60, l'un des grands promoteurs de la culture cinéphilique puis il créa en 1970 à Paris VII la première chaire de l'enseignement universitaire du cinéma. Il devait poursuivre à Dijon, à Caen, et revenir finalement à l'université Paris-Descartes et au Centre Sèvres.

Car "L'art de voir un film" fut sa qualité intrinsèque, dont il nous a laissé de multiples traces avec ses livres sur Jean-Luc Godard et François Truffaut, Federico Fellini et John Ford...

De nature généreuse et toujours bienveillante, ce brillant intellectuel de l'image et du son, a imaginé "un cinéma de chambre" lorsqu'il était à l'INA où il a beaucoup apporté au département de création dirigé par Claude Guisard, puis à la chaîne ARTE dont il fut l'inspirateur des programmes de fiction.

Adieu Monsieur le Professeur du 7e Art !

Adieu l'ami.

* sous la direction de Georges Montaron (Témoignage chrétien)

 

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