Germain Turpin, le premier mort de la Commune

Le 18 Mars 1871 est une date mémorable de l'histoire de France : fraternisation de la population parisienne avec l'armée commandée pour venir lui voler ses canons, une fraternisation dont les femmes du peuple ont pris l'initiative, provoquant un grand élan d'unité nationale qui a fichu la trouille au pouvoir bourgeois, lequel a déguerpi pour aller se réfugier à Versailles...

...tout avait commencé à trois heures du matin quand l'armée française s'ébranle pour donner l'assaut à la capitale de la France, qui dort. Il y a dans son sillage, de nombreux fonctionnaires de police qui collent des affiches mensongères sur les murs. Quatre mille hommes sous les ordres du général Susbielle, qui a installé son QG place Blanche, sont chargés d'investir la Butte Montmartre. La brigade Paturel parvient jusqu'au Moulin de la Galette en passant par les rues Marcadet, des Saules et Norvins, tandis que la brigade Lecomte, passant par la place St-Pierre, marche vers la tour de Solférino...

Ils ont pour mission principale de venir récupérer les 171 canons payés par souscriptions, qui ont été parqués sur le "champ des Polonais" (un espace occupé aujourd'hui par la basilique du Sacré-Coeur). Ils ont pour mission secondaire de neutraliser le poste du Château-rouge, quartier général de la XVIIIe Légion de la Garde nationale.

Depuis la signature de l'armistice avec les Prussiens, la surveillance de ce parc d'artillerie a été allégée, voire réduite à une sentinelle. Cette nuit-là veille Germain Turpin, un maçon de 36 ans, venu de la Creuse à l'occasion des grands travaux de Paris du baron Haussmann. Il s'est porté volontaire pour cette garde car il n'habite pas très loin, au passage Doudeauville.

Lorsqu'il entend le piétinement des soldats du 88e de ligne, il fait les sommations d'usage comme le lui a appris le règlement. La seule réponse qu'il obtient est une décharge de chassepots. Atteint à l'abdomen, Turpin s'écroule et appelle à l'aide. Ses cris sont entendus par deux femmes qui se trouvent au poste de garde du 61e Bataillon, en haut de la rue de la Fontenelle : l'institutrice Louise Michel et la cantinière Jeanne Couerbe.

Ce sont ces deux femmes qui vont donner le signal de l'insoumission !

Elles se précipitent vers le blessé, font un premier pansement en déchirant leur propre linge. Puis Louise Michel va chercher le docteur Clémenceau, qui est aussi le maire du XVIIIe arrondissement. Il examine Turpin et préconise son transport immédiat à l'hôpital mais le capitaine commandant la compagnie du 88e de ligne qui a investi les lieux, s'y oppose car il est soucieux de ne pas ameuter les riverains.

Louise Michel passe outre, elle fait placer le garde blessé sur un brancard de fortune, hèle un fiacre et conduit Turpin à Lariboisière où il mourra de péritonite, quelques jours après.

Cruelle destinée : le premier mort de la Commune est un travailleur provincial "monté à Paris" pour y gagner sa vie, et il va la perdre, tué par des balles françaises !

Ce samedi 18 Mars 1871 fera de Germain Turpin un héros de cette révolution pacifique, à nulle autre pareille, où les femmes du peuple vont jouer un rôle décisif en suscitant la fraternisation de la population parisienne avec la troupe, dans un grand élan d'unité nationale, au nom de la République retrouvée et du bien public.

Ce qui déterminera Thiers et ses sbires à déguerpir, la peur au ventre...

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